08/04/2008

Le Luxembourg et Centrale


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Les Luxembourgeois et l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures de Paris

Une histoire d’ingénieurs

Par Jean-Claude Trutt (ECP 1958)

Luxembourg, le 30 mai 2010
(mise à jour : 06/05/2013)

 


L’Ecole Centrale des Arts et Manufactures de Paris a été créée en 1829 et la première promotion est sortie en 1832. Dès l’origine l’Ecole a attiré de nombreux Luxembourgeois qui ont participé pleinement à l’industrialisation de leur pays. Plusieurs d’entre eux ont eu également un rôle politique éminent. C’était le cas du premier d’entre eux, Norbert Metz, qui est sorti d’Ecole dès 1833, que Jules Mersch dans sa Biographie Nationale décrit comme « Le Centralien, souple comme l’acier » et qui a laissé son empreinte à la fois sur la sidérurgie naissante du Grand-Duché et sur son devenir politique.
Après lui un certain nombre de grandes familles luxembourgeoises ont envoyé leurs fils suivre les études de l’Ecole. Dans les promotions sorties avant 1900 on trouve des Biver, des Dutreux, des de Boch-Galhau, des Lamort et bien d’autres encore comme Albert Rodange, Paul Würth, Maurice Spoo, Camille Brasseur, etc.
Puis, au fur et à mesure que d’autres pays ont développé leurs propres écoles d’ingénieurs et universités polytechniques, d’autres options ont été offertes aux jeunes Luxembourgeois, en Belgique, en Allemagne et en Suisse. Pourtant, malgré une pause due à la guerre de 14, plusieurs Luxembourgeois, Cen-traliens, ont encore fait une belle carrière au cours de la première partie du 20ème siècle. Certains ont été Directeurs généraux ou Directeurs généraux adjoints de l’Arbed tels que Léopold Bouvier, René Schmit et René Dondelinger (dont l’oncle Auguste Dondelinger avait été Directeur général de Senelle-Maubeuge). D’autres encore ont réussi dans d’autres secteurs tels que Tony Wehenkel qui a occupé le poste de Directeur général des Chemins de Fer luxembourgeois tout en jouant un rôle important sur le plan politique.
Et puis depuis les années 60 le nombre de Luxembourgeois diplômés de Centrale diminue fortement. L’une des raisons mises en avant est en général le système particulier à la France du goulot d’étranglement constitué par les concours. Mais il existe probablement d’autres causes qu’il serait intéressant à étudier.
Cette situation est d’autant plus regrettable que Centrale a fait d’énormes efforts depuis une quinzaine d’années pour moderniser et internationaliser son enseignement et qu’aujourd’hui 28% des élèves sont étrangers et que près de 40% des élèves qui en sortent ont un double diplôme (binational), un avantage qui devrait plaire tout particulièrement aux Luxembourgeois.
Deux listes placées en annexes 1 et 2 reprennent l’ensemble des Centraliens luxembourgeois ou d’origine luxembourgeoise par promos de sortie et par ordre alphabétique. A la base de cette étude se trouve le travail de recherche effectué par Tony Wehenkel. La section Histoire de Centrale a complété ce travail pour la période 1832 – 1929. On devrait recevoir ultérieurement les mêmes compléments effectués pour la période qui va de 1930 à nos jours.

 

 

Les Centraliens et les branches de la Métallurgie, des Mines et de la Construction métallique et mécanique.

 

C’est ce secteur qui a attiré dès l’origine la grande majorité des Luxembour-geois centraliens. Et cela se comprend. Dès le XIXème siècle la sidérurgie a pris une importance disproportionnée par rapport aux autres ressources industrielles du pays. Cette suprématie de la sidérurgie au Luxembourg a duré encore longtemps après la deuxième guerre mondiale. Au début des années 1970 l’Arbed représentait pas loin de 40% du PNB du Grand-Duché. Bien sûr les ressources naturelles du pays en minerai (y compris celles du pays voisin, la Lorraine) ont été une des raisons de cet essor. Mais il fallait aussi les hommes. Et dans ce domaine les Centraliens ont joué un rôle qui n’était certainement pas négligeable.
Norbert Metz (1833) est le véritable père de la sidérurgie luxembourgeoise. C’est lui qui a introduit le procédé Thomas-Gilchrist dans le pays et qui a dé-veloppé ou créé les usines sidérurgiques d’Eich, d’Esch-sur-Alzette et de Dudelange. Mais c’était également un homme de très grande envergure qui a joué un rôle politique considérable au moment où se jouait l’avenir du Luxembourg. Pour ne pas surcharger cette note nous nous contenterons de rappeler ici les étapes essentielles de sa contribution au développement de la sidérurgie dans ce pays. On pourra découvrir son activité politique dans sa biographie placée en annexe 3 (voir plus loin).
Après s’être intéressé à d’autres activités industrielles (faïencerie, moulins à farine, fours à chaux) il reprend, en 1854, à la mort de son frère Auguste, la direction de la Société en commandite Auguste Metz et Cie qui exploitait une fonderie et deux hauts-fourneaux fonctionnant au charbon de bois à Eich, faubourg de Luxembourg. Il y construit quatre ans plus tard un 3ème haut-fourneau fonctionnant au coke (1858) et transforme les deux autres pour les faire fonctionner également au coke (1862-65). Puis, voyant qu’il ne peut connecter l’usine d’Eich aux voies ferrées, construit une nouvelle usine, connectée celle-là, à Dommeldange, toujours à proximité de Luxembourg, et y construit quatre hauts-fourneaux (2 en 1866, 2 en 1868). Et dès 1869 les deux usines produisent 122 000 t de fonte par an. Et en 1871 il crée une nouvelle usine dans le sud du pays, à Esch-sur-Alzette, qui produit dès 1884 109 000 t de fonte.
Son autre grand mérite est d’avoir introduit au Luxembourg le procédé Thomas, essentiel pour l’affinage des fontes issues de minerais lorrains et luxembourgeois à haute teneur en phosphore et mis au point par deux Anglais Thomas et Gilchrist. Le contrat de licence est signé en avril 1879, mais il faut attendre 1886 pour voir la première coulée (que Norbert Metz ne verra plus puisqu’il meurt en 1885, âgé de 74 ans). Cet événement a lieu dans une quatrième usine, celle de Dudelange, dont la construction avait commencé en 1883 et dont les deux hauts-fourneaux ont été mis à feu en 1885.
Quand l’ARBED est créée en 1911, son nom, Aciéries Réunies de Burbach, Eich et Dudelange, rappelle les noms de sa première usine, Eich, et de sa dernière, Dudelange. Son souvenir reste vivant au Grand-Duché : une école professionnelle, une fondation, des rues et une place (à Esch-sur-Alzette) perpétuent le nom de Norbert Metz. Dans les anciens locaux de l’Ecole Centrale de la rue Montgolfier, à Paris, une plaque commémorative placée dans la Cour d’Honneur, rappelait également son souvenir.
Pour les détails de sa carrière politique nous vous prions de vous rapporter à sa biographie placée en annexe 3. Une biographie plus détaillée de Norbert Metz existe : c’est celle incluse dans la Biographie Nationale de Jules Mersch (tome 6 fascicule XII P. 480 et suivantes), accessible sur le net.
Adolphe Richard (1846), originaire de Clervaux, va habiter Nîmes à sa sortie d’Ecole et participe d’abord à la construction du chemin de fer Avignon – Marseille. Mais bien vite il s’intéresse à la sidérurgie naissante et rejoint Cockerill à Seraing en Belgique. Il y reste de 1848 à 1852. Puis il s’installe à Düsseldorf où il crée avec son frère Théodore une usine de construction mé-canique qu’il doit vendre en 1871 à cause de graves ennuis de santé. Devenu végétarien il survit néanmoins, reste à Düsseldorf où il ne meurt qu’en 1904.
Auguste Namur (1859), né à Luxembourg, a intégré Centrale avec deux autres Luxembourgeois, Hubert Muller (1859) et Tony Dutreux (1859) (voir plus loin pour ce dernier) après de brillantes études à l’Athénée (voir l’histoire de l’acrostiche à la fin de cette étude). Il commence sa carrière dans la sidérurgie comme ingénieur à l’usine Burbach (près de Sarrebruck) de la Société anonyme des Mines de Luxembourg et des Forges de Sarrebruck. Puis émigre aux Etats-Unis vers 1872/73 et change de métier : il apparaît d’abord comme ingénieur civil à Hoboken dans le New-Jersey, puis comme architecte à New-York. D’après une tradition familiale dont nous a fait part un descendant de sa belle-sœur il aurait eu des problèmes avec la justice militaire française après la guerre de 1870/71, ce qui aurait pu expliquer son émigration, mais nous n’avons rien trouvé dans les archives militaires à ce sujet. En 1886 il reçoit une délégation d’ingénieurs français venus s’informer sur la manière dont les Américains avaient résolu le problème des métros aériens dans la ville de New-York (info de M. Charles Berberich de Denver au Colorado).
Son condisciple Hubert Muller (1859) débute également sa vie professionnelle à Burbach mais va faire toute sa carrière à la Société des Mines du Luxembourg et des Forges de Sarrebruck, dont il va devenir l’Administrateur-délégué en 1894.  
Constant Fischer (1861), né à Luxembourg, dirige en tant que Directeur-gérant la Société des Hauts-Fourneaux d’Esch-sur-Alzette créée par Norbert Metz de 1874 jusqu’en 1881.
Fernand d’Huart (1864) et Hippolyte d’Huart (1866) sont, eux, les pères de la sidérurgie longovicienne. Les d’Huart sont une ancienne famille luxem-bourgeoise. Même si le Baron Henri-Joseph d’Huart, leur père, est considéré comme faisant partie de la branche belge (il a pris parti pour la Belgique après la défaite de Napoléon) et si les deux frères sont nés et morts à Longwy et ont fait toute leur carrière en Lorraine. Leur père avait pris la direction de la faïencerie de Longwy et c’est également lui qui a fait ériger, en 1846, le premier haut-fourneau de la région sur l’emplacement du Moulin de Senelle. Après leur sortie d’Ecole les deux frères dirigent les affaires de leur père : faïenceries et forges de Longwy.
Puis Fernand d’Huart dirige seul la filiale des Hauts-Fourneaux de Maubeuge reprise par Senelle (en 1902), ce qui deviendra la Société métallurgique de Senelle-Maubeuge, transformée bien plus tard (en 1953) en Lorraine-Escaut, dernière société lorraine à fusionner à la fin des années 1960 avec Usinor. Il a encore beaucoup d’autres activités, la plupart basées en Lorraine. En plus de son poste d’administrateur aux Aciéries de Longwy et de Vice-Président de l’Iron and Steel Institute, il est également Administrateur de la Banque de France à Longwy, administrateur de la Société des faïenceries, de la Société des Hauts-fourneaux d’Athus, de La Lorraine Industrielle, de Col-lart et Cie et de la Société des Produits Réfractaires.
Mais son frère Hippolyte est également une grande figure de la métallurgie lorraine puisqu’il est Président du Conseil d’Administration de Senelle-Maubeuge et membre du fameux Comité des Forges. Il a reçu la médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris de 1878. Il siège également au Conseil Municipal de Longwy. Il avait épousé une Nothomb dont le père, le Baron Alphonse Nothomb, Luxembourgeois de Pétange, avait fait une brillante carrière de Ministre en Belgique. Un beau-frère de Hippolyte, Léon Nothomb (1881) de Pétange, a également fait Centrale (voir plus loin sous Chemins de Fer).
Ce sont également les deux frères d’Huart qui ont créé la Société des Hauts-Fourneaux d’Athus en Belgique en 1872, société qui se transformera en Société des Hauts-Fourneaux et Aciéries d’Athus après la construction d’une aciérie en 1880.
Eux aussi avaient une plaque commémorative à leur nom sur le pourtour de la cour d’honneur de l’ancienne Ecole de la rue Montgolfier.
Une biographie très détaillée de toute la famille d’Huart et de ses différentes branches est reprise par Jules Mersch dans sa Biographie Nationale (pour les deux frères voir : tome 9, fascicule XVII, P. 167). Accessible sur internet.
Si on suit l’ordre chronologique il faut encore mentionner Georges Lamort (1876) qui a commencé sa carrière à la faïencerie de Sierck, avant de choisir la sidérurgie lorraine, à Hayange, mais il a aussi travaillé à Dombrowa en Russie et a terminé sa carrière à Paris. Il fait partie de la grande famille centralienne des Lamort, les papetiers (voir plus loin).
Jean-Baptiste Nau (1879) a d’abord choisi la sidérurgie lorraine lui aussi : il a été chef de fabrication aux Aciéries de Joeuf, puis chef de fabrication aux Forges de Gorcy, près de Longwy, avant de revenir à Luxembourg participer à des essais de déphosphoration par le procédé de transvasement à l’usine de Hollerich, et, enfin quitter pour les Etats-Unis (en 1890) où on le trouve successivement à Philadelphia, au Colorado (General Superintendant des Steel Works de Pueblo), à Allegheny (Pennsylvanie) où il travaille pour une firme de consultants et enfin dans l’Etat de New-York où il est General Superintendant de la New-York Steel and Wire Co à Long Island. Il décède à New-York en 1918.
Nicolas François (1880) commence sa carrière aux Aciéries et Forges de Wendel à Hayange mais se tourne très rapidement vers les non-ferreux : d’abord ingénieur au Nickel Français en Nouvelle Calédonie, on le trouve ensuite à Yokohama, à Nagybania en Hongrie (mine d’or), enfin à Johannesbourg où il est d’abord ingénieur-conseil puis Administrateur de la Société des Mines d’Or du Transvaal.
Deux membres d’une autre grande famille centralienne, les Biver, dont on va encore parler à propos de Saint-Gobain, ont également travaillé dans le domaine de la métallurgie : Marcel Biver (1884) qui a eu une activité minière dans le sud de la France où il a été ingénieur aux Mines de Houilles de Gardanne, puis administrateur des Charbonnages des Bouches-du-Rhône et Charles Biver (1888) qui a été ingénieur à la Compagnie des Mines d’Anzin et est devenu un spécialiste des métallurgies de l’or et de l’antimoine.
Un autre Centralien, Paul Wurth (1886), a joué un rôle considérable dans le développement de l’industrie luxembourgeoise, aussi bien dans le domaine de la construction mécanique et métallique que dans celui de la sidérurgie. Pour ne pas trop encombrer cette note de synthèse nous avons placé sa biographie détaillée en annexe 4. Résumons les principales étapes de sa carrière.
Jeune ingénieur, il travaille d’abord dans des usines de mécanique et de chaudronnerie, puis rachète une chaudronnerie située à Hollerich, un faubourg de Luxembourg, en 1891, la développe, la relie au réseau ferré luxembourgeois, construit de nombreux ponts métalliques ainsi que des ponts roulants, et s’étend en rachetant d’autres sociétés dont une aciérie. Sa société, dans laquelle il fait entrer progressivement le groupe ARBED (jusqu’à céder complètement ses parts en 1926), existe encore aujourd’hui et continue à porter son nom. Elle s’est spécialisée en équipements pour l’industrie sidérurgique, est devenue, entre autre, le grand spécialiste mondial du gueulard de haut-fourneau (grâce au brevet du gueulard sans cloche) et possède aujourd’hui des filiales pratiquement dans tous les pays qui ont une activité sidérurgique de quelque importance.
Et puis, à partir d’un certain moment, Paul Wurth semble s’intéresser beaucoup plus à la sidérurgie. Il est nommé Administrateur Délégué de la Société anonyme des Hauts-Fourneaux de Differdange, dont il fut l’un des créateurs, en 1896. Il y développe l’utilisation des gaz de haut-fourneau par les moteurs à explosion. Mais son coup de maître est l’achat de la licence des laminoirs à profilés Grey en 1898. L’invention de Henry Grey est un laminoir pour poutrelles à larges ailes parallèles et pour les poutrelles à épaisseur mince. Alors que les laminoirs à poutrelles classiques sont simplement constitués de deux cylindres de laminage horizontaux à cannelures le laminoir Grey comporte deux paires de cylindres dont les axes sont perpendiculaires (donc deux cylindres horizontaux et deux cylindres verticaux tous placés dans un même plan). La première poutrelle Grey sort du laminoir de Differdange en 1901. Et dès 1902 la société Paul Wurth construit un pont à Dommeldange utilisant des poutrelles Grey d’un mètre de hauteur.
Cette prise de licence a eu une importance capitale pour l’avenir du groupe ARBED, devenu plus tard ARCELOR (après la fusion avec Usinor) puis MITTAL-ARCELOR, car le groupe est aujourd’hui le plus grand spécialiste mondial de produits longs à profils et livre la plupart des poutrelles à ailes parallèles utilisées aux Etats-Unis dans la construction (métallique) des grandes tours.
Parmi ses nombreuses autres activités notons qu’il a été le cofondateur de l’Association des Ingénieurs et Industriels luxembourgeois (en 1897) et le créateur (en 1918) de la Fédération des Industriels luxembourgeois qu’il a présidée jusqu’en 1926.
Pour plus de détails se reporter à sa biographie (annexe 4). Paul Wurth figure également dans la Biographie Nationale de Jules Mersch (tome 8, fascicule XV, P. 347).
Gustave Salentiny (1889) a eu une carrière internationale dans la mécanique : Société L’Entreprise à Bruxelles, une société de construction de matériel rou-lant à Neuhausen près de Schaffhouse en Suisse, Ducommun à Mulhouse (machines-outils), Carel Frères à Gand (moteurs Diésel, machines à vapeur, locos), Lambert frères à Levallois, Brail à Nevers (ventilateurs, séchage, chauffage).
En continuant toujours par ordre chronologique nous trouvons d’autres Centraliens engagés dans la branche métallurgie : Maurice Spoo (1891), lui, a choisi la métallurgie du zinc. Il était l’un des fils de Caspar Mathias Spoo, originaire d’Echternach, écrivain, député et créateur de la Société de constructions métalliques C. M. Spoo à Esch-sur-Alzette. Pourtant Maurice préfère travailler pour la société belge La Vieille Montagne à l’usine de Viviez près de Decazeville que la société avait acquise en 1871. Cette usine s’est rapidement développée au tournant du siècle, occupant près de 900 ouvriers dès 1903. Au départ les minerais traités étaient du type calamine. A partir de 1907 on s’oriente de plus en plus vers un autre minerai de zinc plus abondant, la blende, pour lequel on installe un atelier de grillage. Cette production dégage un sous-produit : l’acide sulfurique. Un sous-produit qui ravage pas mal la campagne environnante (les habitants de la région appelaient la colline qui surplombe l’usine, la Montagne Pelée). Ce qui conduit la Vieille Montagne à se lancer après la première guerre mondiale dans la production de superphosphates de chaux. Enfin, en 1922, on s’oriente vers le traitement électrolytique des minerais de cuivre. Maurice Spoo qui a assuré la direction de l’usine de Viviez a suivi tous ces développements depuis l’origine. L’un de ses petits-fils, Français, mais ayant passé sa petite enfance au Luxembourg, a également fait Centrale : Jean Huck (1958)
Joseph Belot (1896) a d’abord travaillé comme ingénieur métallurgiste à l’usine d’Audun-le-Tiche avant de devenir le chef des hauts-fourneaux de l’usine de Steinfort. En 1912 il devient le fondé de pouvoir de la société (Société des Hauts-Fourneaux de Steinfort, une société appartenant aux maîtres de forge Collart et vendue en 1922 au groupe sidérurgique d’Athus en Belgique).
Louis Unden (1897) a eu une carrière dans la construction mécanique : Ehrhardt et Sehmer à Satrrebruck, Chavanne-Brun Frères (cylindres de lami-noirs), enfin Directeur du groupe M.A.N. France.
Georges Saur-Koch (1899) a débuté aux Hauts-fourneaux de la Moselle à Maizières-les-Metz avant de devenir ingénieur en chef aux usines métallurgiques des Terres Rouges, puis est passé également à la construction mécanique en devenant Directeur Technique de la Société des Engrenages Citroën (les fameux engrenages à chevrons), avant de s’établir comme ingénieur-conseil à Paris. D’après Jean-Paul Hoffmann qui a réalisé une Histoire de l’auto au Grand-Duché, il aurait également été à l’origine de la création en 1908/1909 du Grand Garage Saur-Koch, agence Peugeot, situé alors Boulevard Royal à Luxembourg.
Auguste Dondelinger (1900) a commencé sa carrière de sidérurgiste à l’aciérie Thomas de Dudelange, puis est passé par l’aciérie de Neuves-Maisons et les Forges de Commentry avant de rejoindre la Société Métallurgique de Senelle-Maubeuge dont nous avons parlée à propos des frères d’Huart. Il en prend bientôt la Direction générale, est nommé Administrateur Délégué de la Société en 1912 et réalise la fusion avec les usines de Villerupt-Laval-Dieu. Il existe une brochure qui décrit l’usine de Senelle et qui a été rédigée par lui et publiée en 1914. Auguste Dondelinger était membre de la Direction du Comité des Forges et a siégé au Conseil de l’Ecole. Il avait pris la nationalité française juste avant la guerre de 14, y a combattu et a obtenu la Croix de Guerre en plus d’être nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. François Clerf (1912) a eu une carrière de sidérurgiste très internationale : Usines métallurgiques de la Basse-Loire à Saint Nazaire, Hauts-Fourneaux et Usines métallurgiques de la Basse-Loire à Trignac, chef du service Hauts-Fourneaux et Fours à coke de la Société Normande de Métallurgie à Caen, Hauts-Fourneaux de la Republic Iron and Steel Cy à Youngstown (Ohio), Chef du service des Hauts-Fourneaux de la Neunkirchen Eisenwerke en Sarre, puis Société des Hauts-Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain et Anzin dont il devient, en 1935, le Directeur général. Jean Kieffer (1914) et Léopold Bouvier (1914), camarades de promotion, choisissent tous les deux la sidérurgie. Le premier va devenir Directeur de l’usine de Differdange, le second sera nommé Directeur général de l’ARBED. Léopold Bouvier, natif de Clervaux, avait commencé à travailler en tant qu’ingénieur aux laminoirs, ceux de la division d’Esch-sur-Alzette, puis est nommé successivement ingénieur en chef, Directeur, Directeur général adjoint, puis Directeur général de l’ARBED en 1952, enfin Administrateur - Directeur général en 1955. En 1960 il est encore nommé Directeur général honoraire et membre consultatif du Comité de Direction. Il était également Vice-Président de l’Iron and Steel Institute de Londres et Vice-Président des Ciments luxembourgeois. Il était officier de la Légion d’Honneur et Commandeur de la couronne de chêne. Bouvier fait partie d’une famille alliée aux Richard (la mère d’Adolphe Richard (1846) et grand-mère de Léon Richard (1887), cité plus loin, était née Joséphine Bouvier). A l’occasion de son décès la Revue de l’Association des Centraliens avait publié une nécrologie que l’on peut découvrir sur le site de Centrale Histoire (sous la rubrique Centraliens étrangers).
Après la première guerre mondiale nous avons d’abord René Brasseur (1921C) qui fait une brillante carrière dans les mines (dans les non-ferreux) et qui fait partie lui aussi d’une grande famille centralienne puisque son père Camille Brasseur (1892) ainsi que son frère Pierre Brasseur (1922A) ont fait Centrale (voir plus loin). René Brasseur avait débuté au groupe Penarroya, prenant dès 1923 la direction d’une de leurs mines de charbon en Espagne, puis occupant des fonctions diverses dans d’autres mines métalliques de Penarroya en Espagne, avant d’être envoyé en Argentine reprendre en mains l’ensemble des mines et usines que le groupe possédait dans ce pays. Seul, âgé seulement de 28 ans, il remet de l’ordre partout, brisant les résistances locales et surmontant tous les scepticismes. Puis Penarroya l’envoie en Sardaigne diriger les mines de plomb et de zinc de leur filiale Pertusola. En 1931 il quitte Penarroya à l’appel de son camarade de promotion et ami d’enfance Ernest Cordier pour le seconder dans la direction de l’Energie Electrique du Littoral méditerranéen. Après la guerre sa société est nationalisée et fondue dans EDF. René Brasseur préférant l’industrie privée, revient alors à ses premiers amours, aux mines. Cette fois-ci il va s’occuper, entre autres, de cuivre et de diamants. Il devient Administrateur Délégué de la Compagnie Générale des Minerais, Président de l’Urunvira Minerals Ltd, Administrateur de l’Oubanghi Oriental et de nombreuses autres sociétés du groupe de la Compagnie Générale des Minerais, belges ou congolaises. Son activité s’étendait du Tanganyka jusqu’au Gabon. C’est à l’occasion d’un déplacement professionnel que l’avion qui devait le conduire de Dar-es-Salam à Nairobi s’écrase sur le Kilimandjaro. Il n’y eut aucun survivant. C’était en 1955. Il avait 57 ans. En 1914 il avait été surpris avec sa famille (sa mère et son frère Pierre Brasseur (1922A)) par l’invasion allemande du Luxembourg. Ils réussissent à gagner la France en passant par la Forêt Noire et la Suisse. A sa majorité il choisit la nationalité française mais garde toujours des relations privilégiées avec le Luxembourg. C’est ainsi qu’en 1940, alors que lui-même se trouve sur le front, il met son vaste appartement de l’avenue Hoche à la disposition du Gouvernement luxembourgeois en exil qui l’occupe pendant un mois à partir du 12 mai 1940, avant d’aller s’installer à Londres. Et dans la cour de son immeuble se trouvait un petit local siège de l’association des volontaires légionnaires luxembourgeois.  
Jean Wurth (1923B), neveu de Paul Wurth, commence sa carrière de métal-lurgiste à l’usine de Belval de l’Arbed avant de prendre la tête de la S. A Cockerill à Ougrée en Belgique.  René Schmit (1931) et René Dondelinger (1932), neveu d’Auguste Dondelinger (1900), choisissent tous les deux l’Arbed. Le premier en sera le Directeur général, le second sera Directeur général adjoint après avoir été le Directeur de Burbach, l’usine sarroise du Groupe. Henri Schnadt (1933) a commencé sa carrière de chercheur à l’Arbed, puis a travaillé comme consultant pour la firme belge Arcos et différentes entreprises sidérurgiques sur les problèmes de soudabilité de l’acier. Après la deuxième guerre mondiale il a poursuivi son activité professionnelle en Suisse où a travaillé comme ingénieur-conseil pour l’Armée et les Chemins de Fer. Il a publié de nombreuses études et développé des appareils de contrôle en métallographie, encore utilisés aujourd’hui. A partir des années 60 il a d’ailleurs été appelé comme consultant dans de nombreux pays à travers le monde. En 1985 le Conseil municipal de Luxembourg a décidé de donner son nom à une des rues de la capitale (dans la zone industrielle de Gasperich). Suivent encore : Gustave Henrion (1935) qui a été chef du Bureau d’Etudes de l’usine Arbed de Dudelange, Joseph Jacobs (1936), qui a été Directeur aux Mines de la S.A. Cockerill en Belgique, enfin Jean Moutrier (1941) qui a également travaillé comme ingénieur à l’usine de Dudelange (notons qu’il est possible que Jean Moutrier soit parent d’un autre Luxembourgeois centralien, Paul Moutrier (1897) dont nous ne savons pas grand-chose sinon qu’il a commencé à travailler dans la mécanique : Société L’Entreprise à Bruxelles, et qu’il est décédé relativement jeune, en 1912, à Uccle-lez-Bruxelles).
Après la 2ème guerre mondiale le nombre de Centraliens se raréfie. Nous avons encore les deux frères Hamilius : Michel Hamilius (1952) était Directeur de l’usine de laminage de Belval, responsable des laminoirs de produits longs, fil machine et feuillards avant de devenir membre du Corporate Planing à la Direction générale de l’Arbed. Il représentait également les sidérurgies luxembourgeoise et belge dans les groupes de travail de normalisation des produits longs à la CECA et à l’ISO. Albert Hamilius (1955), frère de Michel, a construit et démarré (en 1962) l’aciérie de Sidmar, puis en a assuré la Direction. Sidmar était une nouvelle usine sidérurgique intégrée, avec cokerie, construite près de Gand, en Belgique, et reliée par un canal à la mer (c’était l’époque où chaque groupe sidérurgique devait posséder son usine de bord de mer !). Puis viennent encore deux camarades de promotion : André Schiltz (1959), décédé prématurément, qui a été Directeur à TradeArbed, la société de commercialisation du groupe, et Norbert Rischette (1959) qui s’est spécialisé en informatique et a dirigé InfoArbed, une filiale informatique du groupe. Enfin Jacques Dondelinger (1967), fils de René, a également travaillé pendant toute sa carrière professionnelle à l’Arbed, d’abord à la production puis au Corporate Planing, à la Direction générale du groupe.

 

Carrières

 

Jean-Nicolas Klensch (1860) découvre vers 1868 la présence de schiste ardoisier dans la commune d’Asselborn en un lieu-dit Dehmeschbach. Il acquiert 4 hectares de terrain et crée une Société à Asselborn en vue de l’exploitation des ardoises. Mais ce n’est qu’en 1881 que la recherche commence vraiment et elle dure 10 ans. En 1890 est créée une Société des Ardoisières d’Asselborn – magasin de Poudre et de dynamite, société en commandite Jean-Nicolas Klensch qui devient Société anonyme des Ardoisières d’Asselborn en 1894. Tony Dutreux (1859) est l’un des associés. L’ardoise d’Asselborn est d’excellente qualité et concurrence les meilleures ardoises de Belgique. Klensch participe à l’expo universelle de Paris de 1889. Il a également été maire de Hollerich.
Alfred Tock (1864) né à Luxembourg (son père Joseph Martial Tock et son oncle Michel Tock sont mentionnés tous les deux dans la Biographie luxem-bourgeoise des Hommes distingués d’Auguste Neyen) s’intéresse, lui, à l’ardoise des Ardennes belges, après avoir passé quelques années à Athus dans la sidérurgie. A Neufchâteau dont sont originaires sa mère et sa femme, il est d’abord Directeur-gérant des Ardoisières de Warmifontaine, puis il crée une société Tock et Cie qui va intégrer toutes les ardoisières de la région détenues par les familles Jacob (dont fait partie son épouse) et Fontaine. Et c’est Alfred Tock qui en assure la direction et l’exploitation. Le gros des investissements va être fait à l’ardoisière Ste Barbe où est creusé un puits et un plan d’accès long de 170 mètres. Cette carrière sera de très loin la plus importante de toute la Belgique, occupant, rien qu’à Ste Barbe 300 ouvriers et produisant, au plus haut de son activité, 12 millions d’ardoises. Malheureusement entre le 7 et le 10 mars 1912 un glissement de terrain cause l’effondrement de l’ensemble de la mine. Il n’y aura heureusement pas de victimes à déplorer mais des dégâts importants en surface. Cet accident dû vraisemblablement à une sous-estimation des étaiements nécessaires dans les galeries dans un terrain particulièrement friable entraîne l’arrêt définitif de l’exploitation et la dissolution de la société ; Alfred Tock qui avait à l’époque près de 72 ans, n’était plus en activité. La société qu’il avait créée, Tock et Cie est dissoute en août de la même année et lui-même se retire à Jambes où il décède en 1921, à l’âge de 80 ans. Il avait été Chevalier de l’Ordre de Léopold.
Le frère d’Alfred, Charles Tock (1869), également centralien, a eu une activité importante dans le domaine de la céramique (voir ci-dessous).

Chimie – Verre – Céramique – Pneumatiques

 

Hector Biver (1843) et Alfred Biver (1864), son jeune frère, étaient les fils d’une grande figure luxembourgeoise, le Dr. André Biver d’Echternach. Grande figure belge aussi puisqu’il fut l’un des 28 fondateurs du Royaume de Belgique et que l’on trouve son nom sur la fameuse Colonne de Juillet à Bruxelles. Les deux frères ont dirigé à tour de rôle l’ancienne et vénérable Compagnie de Saint-Gobain.
Hector, né à Echternach, était le fils aîné du Dr. Biver. Après sa sortie d’Ecole il a commencé à travailler d’abord en Belgique (usine de produits chimiques de Ste. Marie d’Oignies), puis en France (usine de plomb et de cuivre de Biache-St. Vaast, entre Arras et Douai), enfin en Angleterre où il travaille pour la verrerie de Chance et où il sera recruté par le Président de l’époque de la Compagnie de St. Gobain. Il va d’abord diriger l’usine principale de la Compagnie à laquelle viendront bientôt s’ajouter d’autres usines en France et en Allemagne. C’est en 1862 qu’il est nommé Directeur Général de Saint-Gobain. Il consacre toute son énergie à la mise en valeur des glaceries et de leur perfectionnement (développement des fours à gaz de récupération, des plates-formes pour travailler les glaces, etc.). Il quitte ses fonctions actives en 1881 mais reste administrateur de la Compagnie jusqu’à son décès et entre-prend encore de nombreuses autres activités. Il est Président de la S. A. des Fonderies et Laminoirs de Biache-St. Vaast et participe en tant que Président au relèvement de la Société des Charbonnages des Bouches-du-Rhône, qui avait entrepris, avec des capitaux un peu faibles sa « Galerie de la Mer », longue de 16 km. C’est ce qui explique probablement la présence aux Charbonnages d’un autre Biver, Marcel Biver (1884), déjà cité et petit-fils du Dr. André Biver. Hector Biver participa également à de nombreuses oeuvres sociales Il était Chevalier de la Légion d’Honneur. Il mourut en 1908. Une plaque au nom de Hector Biver se trouvait dans la cour d’honneur des anciens locaux de l’Ecole de la rue Montgolfier. Voir aussi sa biographie placée sur le site de Centrale Histoire (rubrique Centraliens étrangers)
Alfred Biver (1864), le fils cadet du Dr. André Biver, qui était Directeur de la Glacerie, devint à son tour Directeur Général de la Compagnie de Saint-Gobain en 1881, succédant ainsi à son frère aîné Hector. Il occupa ce poste jusqu’à son départ à la retraite en 1903.
La famille Biver fut une grande famille centralienne. Nous avons déjà cité Marcel Biver (1884) et Charles Biver (1888) qui furent des petits-fils d’André Biver. Il y a également un Eugène Biver (1882) qui a été Ingénieur-Secrétaire à la Direction générale de la Compagnie de St. Gobain, Chauny et Circey et qui fait probablement partie de la famille. Il a également travaillé dans la métallurgie puisqu’il a été Administrateur de la Compagnie des Forges de Châtillon-Commentry et Administrateur de la Societa Metallurgica Italiana. Un autre des petits-fils d’André Biver fit Centrale : Henri Bonnel (1880) qui a également travaillé pour Saint-Gobain, ainsi que les beaux-frères de Henri Bonnel, Adrien Poizat (1880) et Félix Berg (1886). Ce dernier, qui était né à Echternach, fut Directeur de Saint-Gobain en Italie et en Belgique. La famille a compté encore deux autres Centraliens : Joseph Hulot (1895), de nationalité française, qui fut le gendre d’Alfred Biver et qui a également fait toute sa carrière chez Saint Gobain (Pise, Montluçon, Cirey-sur-Vezouze, Paris), et Jacques Renié (1923B) son petit-fils.
Paul Simons (1857), originaire de Diekirch, a été le premier Centralien luxembourgeois à s’intéresser à l’industrie de la céramique. A sa sortie d’Ecole il entre à l’usine de carrelages de Villeroy et Boch. En 1860 les frères Boch le chargent de la création de leur usine de Maubeuge. Il s’agit de la première usine de carrelages en France. En 1868 il les quitte pour créer sa propre entreprise au Cateau dans le Nord de la France, Simons et Cie. L’entreprise devient rapidement le fleuron économique de cette ville du Cambrésis et occupe jusqu’à 500 salariés. De nombreux perfectionnements et de nouveaux procédés de fabrication sont redevables à Paul Simons : fours à flamme renversée, presse à casette, pots de verrerie et creusets à zinc. Il crée aussi une nouvelle mosaïque en grès cérame. Il obtient la médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris de 1878. Il est mort prématurément à l’âge de 56 ans. Son fils Emile Simons (1891) a également fait Centrale et a continué à développer l’œuvre de son père avec son frère et son oncle Félix Simons. Ce n’est que plus de 100 plus tard, à partir des années 1970-80 que l’Entreprise a commencé à décliner pour fermer définitivement en 1999.
Quant aux deux frères de Boch-Galhau, René de Boch-Galhau (1866) et Edmond de Boch-Galhau (1867), ils ont également illustré l’industrie de la céramique. Il faut dire qu’ils étaient tous les deux les arrière-petits-fils de Pierre-Joseph Boch, co-fondateur (en 1767) avec ses deux frères jumeaux Jean-François et Dominique (qui n’auront pas de descendance) de la Faïencerie du Rollingergrund à Luxembourg. Leur grand-père Jean-François, fils de Pierre-Joseph, chimiste formé à Paris (il a développé les procédés de fabrica-tion des oxydes de plomb et de cobalt), a fait de l’ensemble un véritable groupe industriel. Leur père Eugène Boch avait épousé une demoiselle Octavie Villeroy (en 1842). Il faut dire que Nicolas Villeroy qui avait créé une usine de céramique en Sarre (Vaudrevange = Walferdingen) avait fusionné en 1836 avec les Boch, créant ainsi le groupe Villeroy et Boch qui a longuement constitué un élément important de l’industrie grand-ducale (arts de la table, carrelages et équipements sanitaires) (mais l’usine luxembourgeoise a malheureusement due être fermée en 2009). René de Boch-Galhau a été le Directeur général de l’ensemble des Usines Villeroy-Boch. Son frère Edmond a assuré la Direction de l’usine Villeroy-Boch de Mettlach en Sarre (que Jean-François Boch avait achetée en 1809).
Charles Tock (1869), frère d’Alfred Tock (1864), a d’abord été Directeur des Verreries de Mariemont, puis a dirigé l’usine belge de la famille Boch, les Etablissements Boch frères à La Louvière. L’usine avait été créée dans le but d’éviter de perdre le marché belge après l’entrée du Luxembourg dans le Zoll-verein en 1842. Les fondateurs étaient Eugène Boch, son frère Victor et son beau-frère, le Luxembourgeois Jean-Baptiste Nothomb. Charles Tock va diriger cette usine de 1881 jusqu’en 1904 et la développer considérablement, puisqu’elle comptera 250 ouvriers en 1893 et près d’un millier en 1900. Il décédera d’ailleurs à La Louvière en 1910.
Léon Richard (1887), neveu d’Adolphe Richard (1846) déjà cité est le fils de Lucien Richard, frère d’Adolphe et l’un des pères de la constitution luxem-bourgeoise de 1848. Léon, né à Diekirch, débute sa carrière aux usines sidérurgiques d’Esch, de Dudelange et de Monceau-sur-Sambre, puis se tourne lui aussi vers l’industrie de la céramique. De 1890 à 1900 il dirige la faïencerie Villeroy et Boch de Vaudervange (Wallerfangen), puis de 1901 à 1917 la fabrique de carrelages en céramique de Foug près de Toul. 
Quant à Auguste Dutreux (1896), il a illustré l’industrie du pneumatique en tant que Directeur de la société Dunlop-France. Nous allons parler plus loin de son père Tony Dutreux (1859) car, fait unique dans les annales de l’Ecole, Tony Dutreux et son fils Auguste furent tous les deux majors de leurs promotions. Ils furent, en plus, honorés par l’Ecole comme bienfaiteurs suite à la création de la bourse Tony et Auguste Dutreux.
Auguste a d’ailleurs succédé à son père dans ses affaires luxembourgeoises ainsi qu’au poste de curateur de la Fondation Pescatore (voir plus loin). Mais son principal champ d’activité se situa en France. Il avait débuté dans la sidérurgie (Forges de Chatillon-Commentry et Neuves-Maisons), puis est passé à l’industrie automobile (Directeur commercial de Panhard-Levasseur) et avait été chargé de la construction, pendant la première guerre mondiale, de l’usine SEV destinée à fabriquer des magnétos d’aviation. Mais dès 1908 il entre comme Administrateur à la Dunlop Rubber Co Ltd., puis devient en 1911 Administrateur Délégué de la Société française des Pneumatiques Dunlop, puis Président du Conseil d’Administration et enfin PDG, poste qu’il occupa jusqu’à son décès. Il fut également Président de la Chambre de Commerce à Paris et Président de la Société des Amis de l’Ecole Centrale de 1923 à 1926. Il avait été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite. Voir sa nécrologie publiée à l’occasion de son décès dans la Revue de l’Association et disponible sur le site de Centrale Histoire (rubrique Centraliens étrangers).


Papier

 

Autre famille centralienne illustre : la famille Lamort. Le père de la dynastie des Lamort est Jacques Lamort qui était imprimeur à l’origine mais qui s’est intéressé très tôt au papier et même au papier peint. C’est lui qui a créé les deux usines luxembourgeoises de Manternach et de Senningen (cette dernière étant au départ une usine de papiers peints). De ses 4 fils l’un, Jules, reçoit l’usine de Manternach, l’autre, Léon, celle de Senningen et un 3ème, Claude Charles, reprend une faïencerie, celle d’Echternach, anciennement Faïencerie Dondelinger.
Eugène Lamort (1866), fils de Léon, petit-fils de Jacques, reprend l’usine de Manternach de son oncle Jules, en entame la modernisation en vue de la fabrication de papier de cellulose qui était alors la dernière nouveauté. Dans un atelier annexe il produit de la pâte à papier à partir de bois de sapin. Avec le temps il produit des papiers de plus en plus fins. Il obtient la médaille d’or à l’Exposition Universelle d’Anvers de 1885. Il est également le fondateur et administrateur de la Société des Papeteries de Jeand’heurs près de Bar-le-Duc. Son fils Ernest va continuer plus tard à diriger la papeterie de Jeand’heurs, mais l’usine de Manternach sera fermée au début de la guerre, en 1914. Quand Eugène Lamort décède en 1918, un autre Centralien luxembourgeois, Albert Rodange (1881) dira dans sa nécrologie : « Pour la petite phalange des Cen-traux qui habitait le Grand-Duché, le défunt était l’ami dévoué et fidèle. Il les charmait autant par la vivacité de son esprit que par l’aménité de son carac-tère. Ils se rappelleront toujours l’accueil si cordial qu’ils ont trouvé chez lui à Manternach ».
Maurice Lamort (1871) est également fils de Léon et donc frère d’Eugène. Il va également faire carrière dans le papier. Il sera Directeur de la Papeterie Bichelberger, Champon et Cie, Vice-Président des Papeteries de Gastuche (Belgique) et Président des fabricants de papier belges. Il sera également Président du Conseil d’Administration de la Société ISOLFEN.
Georges Lamort (1876) dont nous avons déjà parlé et qui a choisi la métallurgie, est le cousin germain d’Eugène et Maurice.
Et puis il y a encore Marc Lamort de Gail (1933) qui est le petit-fils d’Eugène. Il a été PDG des établissements E. M. Lamort de Vitry-le-François. Cette usine qui produit des machines pour la fabrication du papier avait été créée par son père Ernest et son oncle Marcel Lamort.


Chemins de Fer

 

Achille Grenier (1838) a construit les premières lignes de chemin de fer au Luxembourg en 1857 dans le cadre de la société Guillaume-Luxembourg. Il s’agissait des lignes principales du pays telles qu’elles existent encore au-jourd’hui. Elles furent d’ailleurs exploitées par les Chemins de Fer de l’Est français jusqu’en 1872, date à laquelle elles sont reprises par la Reichsbahn d’Alsace-Lorraine annexée, et ré-exploitées après 1918 par ces Chemins de Fer de l’Est, devenus SNCF en 1938, jusqu’en 1940.
Un autre Centralien luxembourgeois a participé au développement des chemins de fer français : Mathias Zens (1858) qui a été Adminstrateur-Directeur de la Compagnie des Chemins de Fer Départementaux de France. Albert Niers (1860) a d’abord été chef des études du Chemin de fer de Pepinster à Spa en Belgique avant de rejoindre lui aussi la Compagnie des Chemins de Fer Départementaux français, une société d’ailleurs créée (en 1881) par des capitaux belges.
Auguste de la Fontaine (1880) était le neveu du grand poète national luxembourgeois Edmond de la Fontaine (pseudonyme Dicks) et fils de Léon de la Fontaine, ancien Ministre. Il a d’abord commencé à travailler pour la sidérurgie luxembourgeoise à Esch-sur-Alzette, avant de s’installer à Bruxelles (en 1889) et devenir un membre actif de la formidable expansion financière et industrielle belge à l’international dans la deuxième partie du XIXème siècle, basée essentiellement sur l’industrie minière et celle des transports ferroviaires. Ainsi il est successivement ingénieur de la Société des Chemins de Fer Soria-Torralba (ligne inaugurée en 1892 et construite avec le financement du Belge Edouard Otlet qui possédait des mines de fer à Olvega dans la province de Soria), Administrateur de la Société des tramways de Salonique (devenue plus tard la Société des Tramways et d’Electricité de Salonique. La concession des transports en commun de la ville de Salonique avait été accordée aux Belges dès 1879), ingénieur en chef du Grand Chemin de Fer central sud-américain (Il s’agissait d’un projet qui devait démarrer en Argentine et auquel a participé Edouard Empain), Administrateur des trains de Ryalistock en Russie, des trains de Salonique, de l’Union des Trains et de la Métallurgie d’Odessa et Président du Conseil de la Société des Chemins de fer de la Sierra de Carthagène. Parallèlement Auguste de la Fontaine a occupé des fonctions dirigeantes dans des entreprises industrielles et financières liées à ces investissements ferroviaires (Société La Précision et Ateliers de Construction de Hal en Belgique, Produits chimiques et Huileries d’Odessa, Société des Alliages Cothias, Banque Ch. Noël et Cie, etc.).
D’autres Centraliens luxembourgeois ont servi l’industrie ferroviaire. Joseph Baldauf (1881) a construit des chemins de fer en Tunisie après avoir été ingé-nieur à la Société des Eaux et du Gaz à Tunis. Son camarade de promotion Léon Nothomb (1881) a été chef de service de la traction des tramways à vapeur d’Alexandrie, puis Ingénieur à la Compagnie Internationale des Wagons-lits. Enfin responsable du matériel de traction à la Société nationale des Chemins de Fer vicinaux, il est mort relativement jeune, à l’âge de 37 ans. Enfin un autre camarade de promotion, Albert Rodange (1881) a également débuté dans les Chemins de Fer (Chemins de Fer de l’Etat, puis Compagnie des Chemins de Fer départementaux) avant de poursuivre sa carrière dans la construction au Luxembourg (voir plus loin).
Nicolas Gehlen (1891), après avoir commencé sa carrière dans la métallurgie (Société de l’Industrie métallurgique de Russie), a été Sous-Directeur des Chemins de fer Prince Henri. Cette société avait été fondée en 1868 pour construire des lignes secondaires et industrielles au Luxembourg. Paul Wurth (1886) en a été le Vice-Président. Toutes ces différentes lignes ont été fusionnées plus tard pour former les Chemins de Fer luxembourgeois.
Pierre Brasseur (1922A) avait choisi, comme son frère René Brasseur (1921C), de prendre la nationalité française à sa majorité, et ceci, comme il était plus âgé que son frère, pour pouvoir s’engager et être mobilisé à l’Ecole d’Artillerie de Fontainebleau. Il a encore participé aux batailles de l’Aisne et de l’Oise. En décembre 1918, parlant allemand il devient membre de la commission de surveillance de l’armistice au Luxembourg où il s’occupe de la censure. Ce n’est qu’après sa démobilisation qu’il réussit le concours d’entrée à Centrale où il retrouve d’ailleurs beaucoup d’autres anciens poilus. A sa sortie d’Ecole il entre aux Chemins de Fer du Nord, où il est affecté au service Voies et Bâtiments. Après plusieurs postes à Rouen, Saint-Pol, Saint-Quentin (reconstruction de la gare), et Valenciennes il est nommé à la Direction centrale du Service Voies et Bâtiments à Paris-Nord. Plus tard au moment de la nationalisation du réseau français et de la création de la SNCF, il est affecté à la direction des installations fixes où il termine sa carrière en 1958. Il s’est plus particulièrement occupé de l’électrification des lignes Paris-Lyon et Thionville-Valenciennes.
Et puis il y eut Tony Wehenkel (1930) qui fut Directeur général des Chemins de fer luxembourgeois. Comme d’autres Centraliens luxembourgeois il a eu une double vie d’ingénieur et d’homme politique. C’est pourquoi nous avons placé sa biographie détaillée en Annexe 5.
Tony Wehenkel entre aux Chemins de Fer luxembourgeois en 1935. Il est nommé inspecteur, puis la guerre venue, participe à la Résistance, est brièvement emprisonné par les Nazis, et puis, en 1945, après la nationalisation des Chemins de Fer, en devient le Secrétaire général. En 1947 il est responsable des Relations internationales, puis devient chef de la Division Matériel et Traction. C’est l’époque de l’électrification du réseau dont on a fêté le cinquantenaire en 2007. Enfin, en 1962 il est nommé Directeur Général des Chemins de Fer luxembourgeois. Mais, préférant probablement l’action politique, il en démissionne en 1964 au moment d’entrer au Gouvernement en tant que Ministre du Budget, de l’Economie et de l’Energie. En fait il sacrifie alors sa carrière d’ingénieur à celle de la politique dont on pourra découvrir les détails (conseiller municipal, député, ministre, Président du Parti Socialiste luxembourgeois, Président de la Chambre des Députés) dans sa biographie placée en Annexe 5.
Tony Wehenkel était membre du Comité Directeur de l’Association luxembourgeoise des Ingénieurs et Industriels. En tant que Ministre de l’Energie il a participé aux projets de création des centrales électriques d’Esch-sur-Sûre et de Rosport et a pris une part active dans la construction et la mise en production de la station de pompage de Vianden. Il avait également participé aux négociations pour la canalisation de la Moselle et, à ce titre était devenu Vice-Président de la Société Internationale de la Moselle (1956-57). Il a toujours soutenu l’Ecole et le groupe des Centraliens installés au Grand-Duché dont il a assuré longtemps la présidence (à son époque c’était le Groupe Longwy-Luxembourg). L’un de ses fils, Louis, a également fait Centrale (1955). Voir plus loin.


Construction et Travaux Publics – Electricité et Barrages

 

Tony Dutreux (1859), né à Luxembourg, était le fils d’Auguste Dutreux, membre du Conseil de Régence, et de Lily Pescatore (une des grandes familles de Luxembourg). Il avait été major de sa promotion comme le sera plus tard son fils Auguste (1896) (voir ci-dessus). Sa première passion était l’architecture. Sa première réalisation le château de Kockelscheuer au Luxembourg. Autre réalisation : la Fondation Pescatore (famille de sa mère). Ce fut la première utilisation de la technique du béton armé au Luxembourg. La Maison de Retraite – Fondation Pescatore existe encore aujourd’hui. Elle se trouve en face du Théâtre municipal. Tony Dutreux en fut le premier curateur. Le Gouvernement luxembourgeois fit appel à lui à de nombreuses occasions. Ainsi Tony Dutreux conseilla régulièrement le Gouvernement pour toutes les questions relatives à l’enseignement technique local, la formation des artisans, l’étude du dessin technique, etc. Il s’occupa également d’organiser des événements officiels luxembourgeois à l’étranger : il fut entre autres Commissaire général pour l’Exposition Universelle de Paris en 1867, 1878, 1889 et 1900 et il y représenta le Luxembourg. Il avait été député et membre du Conseil Municipal de la ville de Luxembourg de 1881 à 1887. Il eut également de nombreuses activités industrielles et économiques. Ainsi il fut Président de la Société luxembourgeoise d’Electricité (1ère usine électrique au Luxembourg), Vice-Président du Conseil d’Administration de l’ARBED, après la création de cette société en 1911. Il partagea ce poste avec Eugène Schneider du Creusot. Après la guerre, il fut Vice-Président de la société Felten et Guillaume deve-nue filiale de l’ARBED, poste où il a remplacé le fameux Walter Rathenau, Ministre des Affaires Etrangères de la République de Weimar et assassiné par l’extrême-droite en 1922 (avant la guerre Rathenau qui était le fils du fonda-teur d’AEG, avait essayé d’acquérir la sidérurgie de Steinfort pour F & G. dans un but de consolidation verticale, F. & G. fournissant le fil pour les moteurs électriques d’AEG). Tony Dutreux avait également été Président du Conseil d’Administration des Chemins de Fer Guillaume-Luxembourg et Pré-sident d’honneur de la Banque Internationale Luxembourg, première banque du pays. Echappant à l’occupation de son pays durant la grande guerre il habita pendant un certain temps en France, au château de la Celle St. Cloud, propriété de sa mère, mais continua à avoir un certain rôle politique, surtout pendant la première guerre mondiale. Le château de la Celle St. Cloud fut plus tard donné par la famille à la France pour l’usage exclusif du Ministère des Affaires étrangères. Tony Dutreux fut Commandeur de la Légion d’Honneur et Grand Officier de l’Ordre National luxembourgeois. Il existe une rue à son nom dans la ville de Luxembourg (à Bonnevoie). Voir l’hommage qui lui a été rendu dans la Revue de l’Association à l’occasion de son décès en 1933 et disponible sur le site de Centrale Histoire (rubrique Centraliens étrangers).
Les Dutreux figurent dans la Biographie Nationale de Jules Mersch.
Albert Rodange (1881), ingénieur en chef des Bâtiments Publics du Luxembourg, a construit de nombreux ouvrages d’art dont le Pont Adolphe qui relie le centre-ville de Luxembourg au quartier de la gare. Un pont dont les plans ont été conçus par l’illustre Séjourné. Rodange en avait fait les études préalables et construit un pont de conception identique mais de dimensions plus réduites, le pont Misère. Né en 1858 à Fels, il était le fils de Michel Rodange, poète et écrivain, une célébrité locale, grâce à son Reenert, un Roman de Renart mettant en scène les habitants de tous les villages luxembourgeois avec leurs accents, leurs travers et leurs différentes façons de parler. Il est mort à Luxembourg en 1927.
Camille Brasseur (1892), fils d’une importante famille luxembourgeoise (son père avait construit le grand Hôtel Brasseur démoli en 1970), commence sa carrière comme Directeur de la cimenterie de la Société métallurgique de Senelle-Maubeuge, puis prend une part active dans la S.A. Luxembourgeoise d’Electricité qui exploitait une usine électrique fondée en 1888. Il continue ensuite sa carrière en tant qu’entrepreneur de travaux publics, se spécialisant dans les constructions industrielles (cheminées, réservoirs, etc.). Il publie en 1909 un article sur les cheminées en « béton de ciment ». D’ailleurs son petit-fils Alain Brasseur qui est la source de toutes mes informations concernant la famille Brasseur dit qu’il se considérait plus comme un ingénieur-constructeur que comme un entrepreneur, élaborant les plans et surveillant leur exécution comme un maître d’ouvrage. Plusieurs des châteaux d’eau qu’il a construits sont encore en exploitation aujourd’hui. C’est également lui qui organise le premier meeting aérien au Luxembourg (sur une prairie à Esch-sur-Alzette en 1909 ou 1910) et crée l’aéro-club du Luxembourg. Il s’installe à Paris, mais garde sa nationalité luxembourgeoise, soutient les Luxembourgeois exilés en France pendant la grande guerre, mais aussi l’indépendance du Luxembourg (« un Luxembourg libre, uni à la France mais non annexé »). Ses deux fils font Centrale et, nés à Longwy en France, ont d’abord la double nationalité avant de prendre la nationalité française : Pierre (1922A), on l’a vu, a fait carrière dans les chemins de fer. Il avait été élève à l’Athénée (comme beaucoup d’autres Centraliens luxembourgeois). René (1921C) a eu une brillante carrière dans les mines (voir plus haut).
Alphonse Kemp (1894) a été architecte et a construit de nombreuses églises et maisons de maître au Luxembourg. C’est également lui qui a construit la première piscine couverte du pays, Place des Bains, au centre de la ville de Luxembourg.
Louis Wehenkel (1955), fils de Tony Wehenkel (1930), après un court passage par la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion (devenue plus tard RTL), rejoint la Société Electrique de l’Our (Centrale de Vianden) où il devient Directeur d’exploitation en 1969. En 1976 il accepte un poste de coordinateur de chantier pour le grand projet hydro-électrique de Cabora Bassa sur le Zambèse au Mozambique. En 1980 il revient au Luxembourg. A partir de ce moment il va travailler comme ingénieur-conseil, surtout pour des firmes allemandes, utilisant non seulement son expérience dans le domaine des barrages et de l’électrification mais aussi ses grandes connaissances linguistiques (portugais et espagnol en plus du français, de l’allemand et de l’anglais). Son activité devient mondiale : Brésil (électrification dans les Etats de Para et d’Algoas, plus tard projets de la rivière Sao Francisco, électrification du Pernambouco et d’autres projets financés par le KfW de la République Fédérale allemande), Equateur, Haïti, République Dominicaine, Amérique centrale (Etude sur l’usage rationnel de l’énergie électrique dans les pays de l’isthme centro-américain), Portugal (plan énergétique pour les Açores), Egypte, Ghana, Zimbabwe, Guinée, Mozambique encore, Sri Lanka et Thaïlande (centrales et micro-centrales hydro-électriques), Népal (chantier hydro-électrique de Marsijangdi), enfin Russie (interconnexion de l’enclave de Kaliningrad avec le réseau russe). Il prend sa retraite (bien méritée, dit-il, et je le crois volontiers) à l’âge de 70 ans !


Divers

 

Ernest Schou (1868) a été ingénieur à la Société de Raffinage spécial des Mélasses, puis Directeur des sucreries de Pontru et d’Oisy. Il est ensuite entré dans la Société de dynamite Nobel et est devenu Directeur de la fabrique de dynamite d’Arendonk.
Pierre Hippert (1880) débute dans la sidérurgie (Hauts-fourneaux de Metz et Cie) passe à la céruse (Jules Pérus à Lille), au textile (Fils de coton chez Cartier-Bresson à Celles-sur-Plaine dans les Vosges), à la soude (Nouvelle Soudière de Varangéville en Lorraine), au textile à nouveau (Ancel Marcot et Cie à Saint-Nicolas du Port près de Nancy), avant de revenir au sel et devenir Administrateur-Délégué de la Saline très performante de Maixe en Lorraine.
Pierre Jaminet (1910) a travaillé principalement dans l’industrie agro-alimentaire : Raffinerie-sucrerie de Châlons-sur-Marne, Usines de Prades et de Maillole dans les Pyrénées Orientales (industrie viticole), Brasserie de La-chapelle-sur-Rougemont (Territoire de Belfort).
Charles Leclère (1926), après avoir débuté dans l’industrie sidérurgique, à l’Arbed, est devenu le PDG de la Brasserie de Diekirch.
Pascal Massard (1970) a fait toute sa carrière dans l’une des trois grandes Banques qui couvrent tout le pays, la Banque Générale de Luxembourg, d’abord filiale de la Société Générale de Belgique, puis de Fortis, enfin de BNP-Paribas (devenue BGL-BNP-Paribas). Il était membre du Comité directeur de la Banque.
Paul Retter (1983) s’est tout de suite mis à son compte à sa sortie d’Ecole, travaillant dans l’informatique, créant des softs pour Hachette, avant de s’intéresser à l’accès à l’internet. Il est co-fondateur et Directeur de Luxembourg-online (haut débit, commerce, téléphonie et télévision à la demande sur internet).

 

Pour conclure on peut dire que pendant plus d’un siècle les ingénieurs luxembourgeois formés à l’Ecole Centrale ont joué un rôle essentiel dans le développement industriel du pays. Mais ce qui ressort aussi de cette étude c’est qu’étant donnée l’exiguïté du pays beaucoup d’entre eux sont partis poursuivre l’aventure industrielle dans d’autres pays, et en particulier en Belgique et en France. Ils ont en général gardé des liens avec leur pays d’origine et leur nationalité luxembourgeoise mais se sont souvent installés de manière définitive dans le pays où ils ont accompli le plus gros de leur activité professionnelle et leurs enfants ont adopté la nationalité du pays où ils sont nés. Il est réjouissant de voir qu’aujourd’hui on vit l’aventure inverse et que c’est le Luxembourg qui est devenu terre d’accueil pour de nombreux cadres dirigeants étrangers, plus dans le domaine financier que technique, il est vrai, encore que l’industrie est toujours présente au Luxembourg, et qu’elle reste encore bien plus importante que la plupart des gens ne se l’imaginent.

Je n’aurais jamais pu entreprendre cette étude si je n’avais pas reçu des mains du regretté Tony Wehenkel, la note qu’il avait préparée sur ce sujet à l’occasion de la visite de sa promotion au Luxembourg, en 1970, pour y fêter les 40 ans de leur sortie d’Ecole. La section Histoire de Centrale dont le Président est mon camarade de promotion Jean-Louis Bordes (1958), agrégé d’histoire (Centrale mène à tout), a accompli un formidable travail d’archives pour rechercher tous les étrangers qui ont été diplômés de l’Ecole et ont participé au développement industriel dans leurs pays respectifs. Beaucoup de bénévoles ont aidé dans ce travail d’archivage que gère aujourd’hui, au sein de l’Ecole, avec beaucoup de dévouement, Jean-Yves Jouan. La section Histoire a également digitalisé et mis en ligne les deux annuaires spéciaux des anciens élèves de l’Ecole qui ont été édités à l’occasion des Expositions Universelles de Paris de 1889 et 1900 et qui listent tous les Centraliens par branches pro-fessionnelles avec de courtes biographies. Ce travail a le grand mérite, à mon sens, de montrer à la fois l’importance du rôle joué par les ingénieurs dans l’étonnant développement industriel qu’a connu la deuxième moitié du XIXème siècle, et l’important rôle qu’a joué l’Ecole Centrale, dans ce contexte, en tant que pépinière de ces ingénieurs, à la fois pour la France que pour bien d’autres pays dans le monde. Il a en tout cas permis de compléter la liste de Tony Wehenkel, surtout pour la période 1830 – 1930. J’ai pu trouver certains compléments d’information sur l’industrie luxembourgeoise grâce au remarquable travail réalisé par Jean-Marie Ottelé sur son site www.industrie.lu . C’est là où j’ai trouvé trace de Nicolas Klensch (1860), c’est lui qui m’a donné des informations concernant Joseph Belot (1896) et, et c’est encore lui qui m’a renseigné sur l’histoire des Chemins de Fer dont il est un grand amateur. Et encore tout dernièrement il m’a envoyé une biographie détaillée d’Auguste Dondelinger (1900) et les photos des tombes de deux Centraliens enterrés au cimetière de Luxembourg-Limpertsberg : Nicolas Gehlen (1891) et Henri Jubert (1911). Guy Thewes du Musée d’Histoire du Luxembourg m’a appris l’existence des Biographies de Jules Mersch et d’Auguste Neyen. J’ai pu alors continuer mes recherches à la Bibliothèque nationale dont j’ai grandement apprécié l’accueil et l’efficacité. Enfin c’est grâce à M. Kauffmann et au Cercle généalogique que j’ai pu entrer en contact avec la famille Brasseur, ainsi qu’avec un descendant de la famille Tock, habitant Toulouse, et qui m’a fourni de nombreuses informations concernant Alfred Tock (1864) et Charles Tock (1869). Et c’est un de mes camarades de promotion encore, Jean Huck (1958), qui m’a renseigné sur son grand-père Maurice Spoo (1891). Et je n’oublie pas Michel Hamilius (1952) qui m’a fourni de nombreuses informations concernant l’Arbed ainsi que sur la technique des laminoirs Grey. Et encore tout dernièrement c’est M. Jean-Paul Hoffmann, Dr. phil., qui m’a fait découvrir un Luxembourgeois qui ne se trouvait pas sur ma liste, Georges Saur-Koch (1899), et qu’il pense avoir été à l’origine, en 1908/09 du Grand Garage Saur-Koch, agence Peugeot, qui était situé Boulevard Royal (M. Hoffmann a publié une Histoire de l’Auto au Luxembourg).
Ma quête est presque terminée. Il reste, bien sûr, encore un certain nombre de noms sur ma liste sur lesquels on ne sait rien. Je vais probablement encore continuer ma recherche. D’autant plus que l’on fait quelquefois des découvertes surprenantes. C’est ainsi que j’ai trouvé à la BNL une trace plutôt amusante de cet Auguste Namur (1859) un peu mystérieux, d’abord sidérurgiste en Sarre puis architecte aux Etats-Unis et qui avait été condisciple de Tony Dutreux (1859) à l’Athénée : « un acrostiche congratulatoire prononcé au milieu d’un festival repas au sein d’une honorable famille » (un acrostiche est, comme chacun sait, un poème dont les premières lettres des vers sont à lire dans le sens vertical : ici : Auguste Namur Ingénieur). Le poème est signé Muller, Directeur de l’Athénée. Heureux temps où un Directeur de Lycée troussait un poème en l’honneur d’un de ses élèves qui revenait couronné de lauriers d’un pays étranger !

      J. C. Trutt    (Mise à jour : 06/05/2013)

  
 Annexe 1
Centraliens luxembourgeois – Liste par promotions

 

 

 

Liste 1 : depuis l’origine jusqu’en 1929
(liste corrigée et complétée par la section Histoire de Centrale)


1 - 1833 - Metz Norbert
2 - 1838 - Grenier Achille
3 - 1843 - Biver Hector
4 - 1846 - Richard Adolphe
5 - 1857 - Simons Paul
6 - 1858 - Zens Mathias (ou Paul)
7 - 1859 - Dutreux Tony
8 - 1859 - Muller Hubert
9 - 1859 - Namur Auguste
10 - 1860 - Klensch Jean Nicolas
11 - 1860 - Niers Albert
12 - 1861 - Fischer Constant
13 - 1864 - Biver Alfred
14 - 1864 - d’Huart Fernand
15 - 1864 - Tock Alfred
16 - 1866 - de Boch-Galhau René
17 - 1866 - d’Huart Hippolyte
18 - 1866 - Lamort Eugène
19 - 1867 - de Boch-Galhau Edmond
20 - 1868 - Schou Ernest
21 - 1869 - Tock Charles
22 - 1871 - Lamort Maurice
23 - 1873 - Hamélius Edouard
24 - 1876 - Lamort Georges
25 - 1879 - Nau Jean-Baptiste
26 - 1879 - Poizat Adrien
27 - 1880 - Bonnel Henri
28 - 1880 – de la Fontaine Auguste
29 - 1880 - François Nicolas
30 - 1880 - Hippert Pierre
31 - 1881 - Baldauff Joseph
32 - 1881 - Nothomb Léon
33 - 1881 - Rodange Albert
34 - 1882 - Biver Eugène
35 - 1884 - Biver Marcel
36 - 1886 - Berg Félix
37 - 1886 - Wurth Paul
38 - 1887 - de Colnet-d’Huart Jules     
39 - 1887 - Richard Léon            
40 - 1888 - Biver Charles
41 - 1889 - Salentiny Gustave
42 - 1891 - Donckel Pierre
43 - 1891 - Gehlen Nicolas
44 - 1891 - Spoo Maurice
45 - 1892 - Brasseur Camille
46 - 1894 - Kemp Alphonse
47 - 1896 - Belot Joseph
48 - 1896 - Dutreux Auguste
49 - 1897 - Moutrier Paul           
50 - 1897 - Unden Louis
51 - 1899 - Saur-Koch Georges
52 - 1900 - Dondelinger Auguste
53 - 1910 - Jaminet Pierre
54 - 1911 - Jubert Henri
55 - 1912 - Clerf François
56 - 1914 - Bouvier Léopold
57 - 1914 - Kieffer Jean
58 - 1921C - Brasseur René
59 - 1922A - Brasseur Pierre
60 - 1923B - Renié Jacques
61 - 1923B - Wurth Jean
62 - 1926 - Leclère Charles

Liste 2 : de 1930 à nos jours
(Liste établie sur la base de données de Tony Wehenkel : doit être complétée prochainement par la section Histoire de Centrale)


1930 - Wehenkel Tony
1931 - Schmit René
1932 - Dondelinger René
1933 - Lamort de Gail Marc
1933 - Schnadt Henri
1935 - Henrion Gustave
1936 - Jacobs Joseph
1941 - Moutrier Jean
1952 - Hamilius Michel
1955 - Hamilius Albert
1955 - Wehenkel Louis
1957 - Backes Joseph
1959 - Rischette Norbert
1959 - Schiltz André
1961 - Stümper Edmond
1967 - Dondelinger Jacques
1967 - Henckes Jean
1967 - Thill Fernand
1970 - Massard Pascal
1977 - Foehr Mathias
1983 - Retter Paul


(décembre 2012)

 

 

Annexe 2
Centraliens luxembourgeois – Liste alphabétique
(décembre 2012)


Backes Joseph 1957
Baldauff Joseph 1881
Belot Joseph 1896    
Berg Félix 1886    
Biver Alfred 1864    
Biver Charles 1888    
Biver Eugène 1882    
Biver Hector 1843    
Biver Marcel 1884    
de Boch-Galhau Edmond 1867  
de Boch-Galhau René 1866   
Bonnel Henri 1880    
Bouvier Léopold 1914   
Brasseur Camille 1892
Brasseur Pierre 1922A   
Brasseur René 1921C
Clerf François 1912
de Colnet d’Huart Jules 1887
Donckel Pierre 1891
Dondelinger Auguste 1900      
Dondelinger Jacques 1967   
Dondelinger René 1932   
Dutreux Auguste 1896   
Dutreux Tony 1859
Fischer Jean 1861    
Foehr Mathias 1977
de la Fontaine Auguste 1880
François Nicolas
Gehlen Nicolas 1891    
Grenier Achille 1838    
Hamélius Edouard 1873
Hamilius Albert 1955    
Hamilius Michel 1952   
Henckes Jean 1967
Henrion Gustave 1935
Hippert Pierre   
d’Huart Fernand 1864    
d’Huart Hippolyte 1866   
Jacobs Joseph 1936
Jaminet Pierre 1910
Jubert Henri 1911    
Kemp Alphonse 1894    
Kieffer Jean 1914
Klensch Jean-Nicolas 1860    
Lamort Eugène 1866    
Lamort Georges 1876    
Lamort Maurice 1871    
Lamort de Gail Marc 1933   
Leclère Charles 1926    
Massard Pascal 1970
Metz Norbert 1833     
Moutrier Jean 1941
Moutrier Paul 1897    
Muller Hubert 1859
Namur Auguste 1859
Nau Jean-Baptiste 1879
Niers Albert 1860
Nothomb Léon    
Poizat Adrien 1879
Richard Adolphe 1846
Richard Léon 1887    
Renié Jacques 1923B    
Retter Paul 1983
Rischette Norbert 1959   
Rodange Albert 1881
Salentiny Gustave 1889
Saur-Koch Georges 1899    
Schiltz André 1959    
Schmit René 1931    
Schnadt Henri 1933
Schou Ernest 1868
Simons Paul 1857
Spoo Maurice 1891
Stumper Edouard 1961
Thill Fernannd 1967
Tock Alfred 1864
Tock Charles 1869
Unden Louis 1897
Wehenkel Louis 1955    
Wehenkel Tony 1930    
Wurth Jean 1923B    
Wurth Paul 1886
Zens Mathias (ou Paul) 1858 

 

Annexe 3
Centraliens luxembourgeois – Biographies

Norbert Metz (1811 – 1885) Promo 1833

(Octobre 2007)


La grande biographie de Norbert Metz (né à Luxembourg le 02/02/1811) parue dans la Biographie Nationale de Jules Mersch (Tome 6 fascicule XII P. 480) a pour titre : Le Centralien, souple comme l’acier. Cela décrit bien l’homme qui a laissé son empreinte à la fois sur la sidérurgie naissante du Grand-Duché que sur son devenir politique. Et plus loin encore on dit : « en vrai Centralien, il était qualifié pour entreprendre les activités les plus variées ». Et c’est ce qu’il a fait, s’intéressant non seulement aux industries les plus diverses (avant de se consacrer essentiellement à la métallurgie) mais aussi à la politique.
En politique il est membre de 1842 à 48 des Etats (sorte de parlement institué par Guillaume II d’Orange), membre de la Commission d’Instruction, bourgmestre d’Eich. En 1844 il crée un journal le Courrier du Grand-Duché. En 1848 il fait partie des jeunes Turcs qui s’opposent plutôt aux anciens conservateurs (même dans la Loge des Francs-Maçons), est élu membre de la Cons-tituante de 1848, puis député de la Chambre instituée par la nouvelle constitution. Il fait même partie du Gouvernement en tant qu’Administrateur général des Finances et des Affaires militaires. En 1853, après la démission forcée du Gouvernement, il entre dans l’opposition toujours en tant que membre de la Chambre. D’ailleurs il s’oppose souvent à la Maison d’Orange, cherchant en vrai patriote luxembourgeois, à toujours défendre les intérêts du pays et de ses habitants. Il est plutôt contre le Zollverein (l’Union douanière avec l’Allemagne) alors que le Luxembourg fait encore partie de la confédération germanique (francophile il penche naturellement plus vers la Belgique et la France que vers la Prusse). Mais plus tard, lorsque le Luxembourg a obtenu sa neutralité par le traité de Londres en 1867, il est en faveur d’un nouvel accord avec ce même Zollverein (et plutôt avec la Prusse qu’avec l’Autriche) parce que c’est l’intérêt économique du Grand-Duché. Il a siégé comme député de 1853 à 1854 et de 1857 à 1885. Il a présidé la Chambre en 1860 et 61.
Sur le plan industriel il commence d’abord comme Directeur de la faïencerie de Eich-Muhlenbach (où il fait venir un éminent chimiste français, Auguste Laurent), s’occupe également de moulins à farine (Eich et Hespérange), prend des intérêts dans une manufacture de tabacs à Arlon, s’occupe de fours à chaux à Strassen, ainsi que d’une entreprise de TP.
Et 1847 il entre dans la Société en commandite Auguste Metz et Cie (Auguste est son frère). Et puis en 1854 Auguste meurt et c’est Norbert qui en devient le commandité-gérant. Et c’est là qu’il va déployer tout son talent, accroissant les concessions minières, adoptant le procédé Thomas et construisant de nouvelles usines.
L’usine d’Eich comportait deux hauts-fourneaux fonctionnant au charbon de bois et une fonderie. Dès 1858 il construit un 3ème haut-fourneau fonctionnant au coke (et transformera les deux autres en fonctionnement coke en 1862-65).
Comprenant l’intérêt d’une connexion rail et voyant que l’usine d’Eich ne peut l’avoir il construit une nouvelle usine à Dommeldange à proximité de la gare et reliée au réseau ferré. 2 hauts-fourneaux sont construits en 1866, deux autres en 1868. En 1869 les deux usines produisent déjà 122000 tonnes de fonte par an.
Une nouvelle usine est construite à Esch-sur-Alzette en 1871 dont les hauts-fourneaux vont produire dès 1884 109000 t de fonte annuellement.
Et puis il y le fameux procédé Thomas. Essentiel pour les minerais lorrains et luxembourgeois bourrés de phosphore. Les deux inventeurs Thomas et Gilchrist viennent le voir. On fait un accord préalable. Mais c’est son fils Emile qui va négocier le contrat de licence final, en 1879.
Mais la mise en route du nouveau procédé traîne en longueur. Et la première coulée Thomas n’aura lieu qu’en 1886. Cela se fera dans une autre usine, celle de Dudelange, mise en construction en 1883. Deux hauts-fourneaux seront mis à feu en 1885. Et Norbert Metz ne verra pas la première charge du convertisseur Thomas. Il meurt à Eich, la localité où il a commencé et sa vie politique et sa vie industrielle, le 28/11/1885.
Les Luxembourgeois se souviennent de lui comme le père de cette industrie qui eut – si longtemps – une telle importance pour le pays. Quand l’ARBED a été créée en 1911, ce nom, Aciéries réunies de Burbach, Eich et Dudelange, rappelait les noms de sa première usine,  Eich, et de sa dernière, Dudelange. En 1879, déjà, avait été créé à Luxembourg le Syndicat lorrain-luxembourgeois des fontes, prédécesseur lointain du futur groupe Arbed-Usinor devenu Arcelor. Et Arcelor était alors déjà numéro un mondial en chiffre d’affaires. Après la fusion avec Mittal le groupe a pris une dimension hors pair, 12% du marché mondial de l’acier. Même dans ses rêves les plus fous Norbert Metz n’aurait pas pu imaginer cela.
Sur le plan privé Norbert Metz était un homme affable qui s’intéressait à tout. C’était un philanthrope. D’ailleurs sa famille a créé plus tard une fondation qui porte son nom et qui avait financé, entre autres, la clinique de la Côte d’Eich à Luxembourg. Plusieurs rues, une place aussi (à Esch-sur-Alzette), portent son nom. Et on peut se demander si ce n’est pas à son exemple – il est entré à l’Ecole un an après sa création – que tant de Luxembourgeois ont envoyé leurs fils au XIXème siècle faire leurs études à cette école si prestigieuse, l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Une plaque commémorative rappelait son souvenir dans la cour d’honneur des anciens locaux de l’Ecole, rue Montgolfier à Paris. 

 

 
Annexe 4
Centraliens luxembourgeois – Biographies

Paul Wurth (1863 – 1945) Promo 1886

 

 

Paul Wurth est né le 16/01/1863. Après sa sortie d’Ecole il commence à travailler dans des usines de mécanique et de chaudronnerie. Puis il rachète la chaudronnerie Eugène Muller située à Hollerich, en 1891, la développe, la relie au réseau ferré luxembourgeois, construit de nombreux ponts métalliques et des ponts roulants, et s’étend en rachetant d’autres sociétés dont une aciérie. Pour pouvoir faire face au financement de ses acquisitions il ouvre en 1920 son capital à l’Arbed, à la Banque Internationale et à des banques belges, tout en gardant la Direction de l’entreprise. Plus tard, en 1926, il vendra même la totalité de ses parts à l’Arbed. Cette vente aura un effet bénéfique pour la société qui se spécialisera en équipements de sidérurgie et aura en sa société-mère un partenaire idéal. Après la deuxième guerre mondiale elle deviendra le spécialiste mondial du gueulard de haut-fourneau (grâce au brevet du gueulard sans cloche). Aujourd’hui cette société qui porte toujours le nom de son créateur, Paul Wurth,  a des filiales pratiquement dans tous les pays qui ont une activité sidérurgique de quelque importance.
Paul Wurth de son côté semble s’intéresser à partir d’un certain moment beaucoup plus à la sidérurgie. Il est nommé Administrateur Délégué de la Société anonyme des Hauts-Fourneaux de Differdange, dont il fut l’un des créateurs, en 1896. Il y développe l’utilisation des gaz de haut-fourneau par les moteurs à explosion. Mais son coup de maître est l’achat de la licence des laminoirs à profilés Grey. C’est en 1898 qu’il reçoit la visite de l’inventeur Henry Grey qui a mis au point un laminoir pour poutrelles à larges ailes parallèles, ainsi que pour les poutrelles à épaisseur mince. Un contrat à option est signé la même année. Le délégué qu’il envoie en Angleterre signe même un contrat définitif, un peu contre son avis, lui-même voulant d’abord expérimenter encore le procédé. Finalement ce n’est qu’en 1901 que la première poutrelle Grey sort du laminoir de Differdange. Et dès 1902 la société Paul Wurth construit un pont à Dommeldange utilisant des poutrelles Grey d’un mètre de hauteur. A Differdange Paul Wurth avait installé entretemps un 3ème haut-fourneau, ainsi qu’un blooming et un laminoir à demi-produits.
Pour bien comprendre l’importance de la licence Grey il faut d’abord expliquer que ce laminoir comportait deux paires de cylindres dont les axes étaient perpendiculaires (donc deux cylindres horizontaux et deux cylindres verticaux tous placés dans un même plan), alors qu’auparavant les laminoirs à poutrelles étaient simplement constitués de deux cylindres de laminage horizontaux à cannelures. Ensuite il faut savoir que le groupe Arbed qui avait absorbé ultérieurement le groupe luxembourgo-allemand dont faisait partie Differdange est aujourd’hui le plus grand spécialiste mondial des produits longs à profil, livre la plupart des poutrelles à ailes parallèles utilisées aux Etats-Unis dans la construction (métallique) des grandes tours et que la société est à même d’optimiser en fonction de chaque projet les profils des poutrelles à utiliser.
Differdange, pour des raisons financières, est repris par un groupe allemand, la Deutsch-Luxemburgische Bergwerks- und Hütten AG dont il sera un simple administrateur. Il sera néanmoins encore à l’origine de deux initiatives : la prise de participation dans l’usine sidérurgique de Briey en Lorraine et la construction d’un funiculaire à l’usine de Differdange pour le transport du minerai de fer depuis Ottange et Rumelange, qui sera « la plus importante installation de chemin de fer aérien du monde ».
Paul Wurth eut encore de nombreuses autres activités. Il fut cofondateur de la Société de l’usine de gaz de Hollerich, cofondateur de l’Association des Ingénieurs et Industriels luxembourgeois (en 1897), créateur en 1918 de la Fédéra-tion des Industriels luxembourgeois qu’il a présidée jusqu’en 1926, Vice-Président des Chemins de Fer Prince Henri, etc.
Après la 1ère guerre mondiale il s’engagea énormément dans l’aide aux sinistrés de guerre français et belges. Son action en faveur de la reconstruction des bâtiments publics de Verdun (il fut la cheville ouvrière de la Commission de Secours qui devait rassembler les fonds nécessaires) fut particulièrement importante. Après sa retraite il s’adonna à des études historiques et généalogiques, aidé en cela, dit son biographe par « l’esprit scientifique acquis à Centrale ».
C’est également lui qui immatricule la première voiture automobile au Grand-Duché en 1895 (une Benz Velo, première voiture fabriquée en série en Europe) et qui est le cofondateur de l’Automobile-Club de Luxembourg en 1906.
Il décède le 24/04/1945. Avant de mourir, dit son biographe, il apprit avec satisfaction que c’est avec des poutrelles à larges ailes de 1 m de haut, provenant des laminoirs Grey de Differdange que les alliés purent jeter des ponts en un temps record pour franchir le Rhin.

(mars 2008)

 


Annexe 5
Centraliens luxembourgeois – Biographies


Tony Wehenkel (1907 – 1992) Promo 1930

 

Antoine (dit Tony) Wehenkel (1930) est né à Luxembourg le 10/02/1907. Comme d’autres Centraliens luxembourgeois il a eu une double vie d’ingénieur et d’homme politique.
Après sa sortie de Centrale en 1930 (il était passé par la prépa de Ginette à Versailles) il a encore suivi des cours de maths et de physique à la Sorbonne. Puis, revenu au pays, il fait d’abord un stage à l’Arbed, donne des cours comme Professeur à l’Ecole Professionnelle d’Esch-sur-Alzette et entre aux Chemins de Fer luxembourgeois en 1935. Il est nommé inspecteur, puis la guerre venue, participe à la Résistance, est brièvement emprisonné par les Nazis, et puis, en 1945, après la nationalisation des Chemins de Fer, en devient le Secrétaire général. En 1947 il est responsable des Relations internationales, puis devient chef de la Division Matériel et Traction. C’est l’époque de l’électrification du réseau dont on fête cette année (2007) le cinquantenaire. Enfin, en 1962 il est nommé Directeur Général des Chemins de Fer luxembourgeois. Mais, préférant probablement l’action politique, il en démissionne en 1964 au moment où on lui confie une charge ministérielle.
Dès la fin de la guerre Tony Wehenkel a choisi de s’engager à gauche. En 1951 il est élu député du Parti Socialiste et Conseiller Municipal à Luxembourg-Ville (il y siège jusqu’en 1964). En 1964 il entre au Gouvernement en tant que Ministre du Budget, de l’Economie et de l’Energie (ce qui l’oblige à sacrifier sa carrière d’ingénieur). En 1970, alors que le Parti Socialiste subit une crise (une aile droite fait sécession), Tony Wehenkel est élu Président du Parti, poste qu’il détient jusqu’en 1974. Il est de nouveau député de 1969 jusqu’en 1979. En 1974 il devient Président de la Chambre des députés, ce qui fait de lui, suivant la Constitution luxembourgeoise, le deuxième personnage de l’Etat après le Grand-Duc. Fin 1975 c’est un de ses collègues de parti qui reprend cette charge et, en 1979, il se retire définitivement de la vie politique.
Tony Wehenkel était membre du Comité Directeur de l’Association luxembourgeoise des Ingénieurs et Industriels. Il a participé aux projets de création des centrales électriques d’Esch-sur-Sûre et de Rosport. En tant qu’Administrateur Délégué de la Société Electrique de l’Our (SEO), il a pris une part active à la construction et à la mise en production de la centrale de pompage de Vianden. Après avoir participé aux négociations pour la canalisation de la Moselle, in devient le Vice-Président luxembourgeois de la Société Internationale de la Moselle lors de sa création, en 1956-57.
Il a été membre fondateur de l’Union européenne des fédéralistes et Grand-Maître d’Honneur de la Grande Loge de Luxembourg (pendant 15 ans). Il a toujours soutenu l’Ecole et le groupe des Centraliens installés au Grand-Duché dont il a assuré la présidence (à son époque c’était le Groupe Longwy-Luxembourg). L’un de ses fils, Louis, a également fait Centrale (1955).
Tony Wehenkel était un homme généreux, idéaliste, honnête, efficace dans son travail, et pourtant excessivement modeste. Il est décédé à Luxembourg le 27/04/1992.

(Mars 2008)

 

 

 



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