24/04/2008

Lecture rapide

... et perception de l'image des mots (Article paru dans le bulletin n° 51 - décembre 2007 du Cercle Généalogique des Centraliens)

Comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir je pratique la lecture rapide sans en connaître la technique. Et je serais incapable de l’enseigner comme l’a fait pour notre plaisir Henri Duchâteau, l’un des membres de notre cercle Généalogie de Centrale, en octobre dernier. Mais ce que je sais c’est que toute lecture rapide serait impossible si l’esprit humain n’avait pas la capacité de saisir et de se remémorer l’image des mots et de leur signification. C’est en étudiant l’histoire des caractères chinois et celle de leur utilisation par les Japonais que je me suis vraiment rendu compte de cette vérité.
On sait que les peuples voisins de la Chine, Japonais, Coréens et Vietnamiens ont très tôt adopté ces caractères que l’on désigne souvent improprement par idéogrammes alors qu’ils peuvent également être pictogrammes, phonogrammes ou des composés de tous ces types de représentations. L’adaptation de ces caractères aux langues respectives de ces différents pays leur a d’ailleurs posé pas mal de problèmes, ces langues n’ayant absolument rien en commun avec le chinois et sa syntaxe si particulière. On aurait donc pu penser que ces trois pays seraient les premiers à adopter une écriture phonétique une fois le contact réalisé avec l’Occident et la pratique quasi générale de l’écriture alphabétique inventée par les Sémites et perfectionnée par les Grecs.
Au Vietnam ce sont les colonisateurs français et les Jésuites qui ont imposé cette révolution (la romanisation de l’écriture). En Corée on est revenu à une écriture syllabique inventée dès le XVème siècle par le roi Sejong. Mais c’est l’expérience japonaise qui est la plus intéressante à étudier. Car au moment de l’avènement de l’ère Meiji en 1868 les Japonais avaient une telle soif de rivaliser avec ces diables occidentaux qu’ils étaient prêts à tout : mépriser et rejeter leurs propres réalisations artistiques, imposer l’enseignement généralisé de l’anglais dans leurs écoles, engager des professeurs occidentaux pour enseigner dans leurs universités (il y en a même un, Chamberlain, qui a enseigné le japonais à l’Université de Tokyo !) qu’ils auraient pu très bien adopter et généraliser à ce moment-là soit notre écriture alphabétique soit l’écriture syllabique qu’ils avaient développée dès le Moyen-Âge pour l’usage exclusif des femmes, pour les empêcher, je suppose, d’apprendre le chinois et de devenir trop érudites (l’homme s’est toujours méfié des femmes et a essayé de limiter leur accès à la culture. J’ai été brièvement membre du très chic East India Club situé place St. James à Londres. Le club disposait d’une merveilleuse bibliothèque ancienne avec de nombreux ouvrages en grec et en latin, mais un écriteau placé sur la porte d’entrée interdisait strictement l’entrée des femmes en ce haut lieu du savoir).
Le combat pour ou contre les caractères chinois a duré pendant des décennies au Japon. J’ai dans ma bibliothèque un ouvrage qui raconte la controverse qui a eu lieu à ce sujet avec force détails : Pascal Griolet : La Modernisation du Japon et la Réforme de son écriture, édit. Publications Orientalistes de France, Publications du Centre d’Etudes Japonaises de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris, 1985. J’ai repris cette histoire dans mon Voyage autour de ma Bibliothèque au tome 3, Langue et écriture japonaises (voir mon site www. bibliotrutt.eu). Or, contrairement à ce qu’un Occidental aurait pu penser avec son esprit si rationnel, l’histoire s’est terminée avec le maintien des caractères chinois et ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que leur nombre a été limité (dans un premier temps à 1850, puis un peu plus tard à 1951 caractères). En même temps on adoptait le fameux syllabaire des femmes (appelé hiragana ou katakana suivant l’usage et la forme d’écriture). La langue japonaise est probablement une des rares qui puisse être écrite avec un syllabaire : c’est que toutes les syllabes se terminent par une des 5 voyelles ou la consonne n. Dans ces conditions on comprendra que les variantes possibles sont assez limitées. Le syllabaire ne comporte que 50 caractères dont les 5 voyelles.
On se doute des arguments qui ont pu être donnés en faveur de la suppression des caractères chinois. Le plus évident étant bien sûr le temps gaspillé par les élèves à les apprendre, temps qu’ils pourraient occuper d’une manière plus utile pour leur éducation . Quant aux arguments donnés en faveur de leur maintien, rien de nouveau non plus. L’argument le plus fort : le lien avec le passé. Et le poids des élites a bien sûr joué à plein (comme nos élites occidentales ils ne voulaient pas perdre leurs avantages). Mais dans tous ces arguments pro-maintien il y en avait un qui m’a frappé. Et c’est là que je reviens à mon sujet principal.
Quand on compare un texte écrit entièrement en kana (c. à d. en caractères syllabiques) et un texte mixte écrit en caractères chinois et en kana, neuf personnes sur dix, dit l’écrivain Yano Fuzio, trouveront le deuxième plus facile à lire. Il est plus lisible, peut-être à cause de la variation de densité d’écriture qu’il présente, les caractères chinois étant en général plus touffus que les kanas. Mais surtout parce qu’on lit les caractères chinois d’une manière figurative, globale. Ils sont ainsi compris plus rapidement et plus facilement que si les mots qu’ils représentent étaient écrits en caractères syllabiques et lus d’une manière phonétique.
Nous avons du mal à comprendre cela parce que nous sommes tellement convaincus que nous lisons d’une manière alphabétique, c. à d. phonétique. Ce qui est évidemment faux. Le lecteur averti reconnaît l’image des mots. Et passe directement de l’image à sa signification, sans passer par le stade phonétique.
Et comme le hasard fait bien les choses, au moment même où j’étudiais ce problème, le Monde daté du 1er octobre 2003 (le Monde est mon pain quotidien) signale que le texte suivant circule sur le Net : « Sleon une édtue de l’unvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dans un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujjoruos lrie snas porlblème. C’est prace qur le creaveu hmuain ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.» L’étude de Cambridge n’existe pas, ajoute le Monde. C’est un canular. Il n’empêche que la conclusion de la dernière phrase est juste. C’est par leur image que nous saisissons les mots. Et nous les reconnaissons même quand cette image est déformée.
Au fond la seule différence entre Japonais, Chinois et nous c’est qu’eux sont obligés d’apprendre les images et le sens des mots à l’école (près de 2000 pour les Japonais, 3000 pour commencer pour les Chinois, bien plus pour suivre des études supérieures : le petit dictionnaire Ricci des Jésuites en comporte plus de 6000, le grand Ricci plus de 16000, voir les Caractères chinois au tome 4 de mon Voyage autour de ma Bibliothèque, alors que nous apprenons à saisir les mots écrits par leur image au fur et à mesure que nous progressons dans nos lectures, ayant toujours la possibilité de revenir, grâce à notre écriture alphabétique, à une lecture phonétique. Nous progressons jusqu’au point de faire partie, un jour, de ces happy few qui sont les champions de la lecture rapide…

 



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