07/04/2017     (imprimer)

Les Chroniques de Kamel Daoud

Mon premier contact avec l’écrivain-journaliste algérien Kamel Daoud n’a pas été trop heureux – par ma faute – c’est que je n’ai pas tout de suite accroché à la lecture de son roman, Meursault, contre-enquête, paru aux Actes Sud en 2014. Je sais que j’ai eu tort car, depuis, j’ai découvert en Daoud, en lisant ses chroniques (Mes Indépendances, chroniques 2010 – 2016, Actes Sud, 2017) un humaniste, un écrivain et un homme qui est finalement très proche de Camus. Or c’était justement cela qui m’avait un peu énervé en commençant la lecture de Meursault, c’est le fait de créer une fiction sur le dos d’une fiction d’un autre. Ici l’Etranger, ce si étrange roman d’Albert Camus. Je me souviens de ma gêne en découvrant que le Sac du Palais d’Eté de Pierre-Jean Rémy était entièrement basé sur le René Leys de Segalen. Je trouvais que c’était faire œuvre de parasite. Mais chez Daoud il y a autre chose, certainement. Il a besoin, me semble-t-il, de s’expliquer avec son alter ego pied noir… De toute façon j’y reviendrai, je le lirai son roman, d’ailleurs Annie est en train de le lire à côté de moi et semble beaucoup l’apprécier (il est fort, ce Daoud, me dit-elle). Mais, pour le moment j’ai hâte de vous parler de ses chroniques. Car elles sont riches et incitent constamment à la réflexion parce qu’elles sont toujours d’une grande actualité.


C’est l’affaire de Cologne de la Saint Sylvestre 2015 qui m’a donné l’occasion de déjà mieux le connaître. Moi j’avais tout de suite réagi à l’évènement dans une note de mon Bloc-notes 2016, intitulée : Islam vs Femme (suite), datée du 18 janvier : c’est que la façon dont les hommes y ont entouré les femmes qui arrivaient à la gare pour leur faire subir des attouchements m’avait tout de suite fait penser à ce qui était arrivé à l’une des trois héroïnes du film égyptien Les Femmes du Bus 678 à la sortie d’un match de football. Et j’y rappelai ce que nous apprend toute l’histoire, la littérature, le cinéma arabes ou musulmans : la femme, dans cette culture, n’est pas seulement inférieure à l’homme comme dans d’autres cultures, mais cette infériorité est fixée par la religion et, autre spécificité de cette culture : la femme est déclarée lubrique parce que sa vue excite l’homme (cela est déjà évident à la lecture des Mille et une Nuits) Et voilà que Daoud, sur une pleine page du Monde du 5 février 2016, écrit pratiquement la même chose que moi dans un article intitulé Cologne, lieu de fantasmes. Avec des mots très forts : « misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, rapport malade à la femme, au corps et au désir, porno-islamisme des prêcheurs islamistes qui décrivent un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka ». Alors cela n’a pas manqué : une douzaine de pseudo-universitaires français, historiens et sociologues, traitent Daoud d’islamophobe !  C’était dans Le Monde du 12 février. Daoud n’y répond pas. Ce n’est que plus tard qu’il s’explique en répondant à la lettre d’un ami américain, dans Le Monde des 21 et 22 février 2016. J’ai longuement évoqué toute cette histoire dans mon Bloc-notes 2016 dans une note datée du 7 mars, intitulée : Islam, femmes, laïcité, complots. Et j’y ai dit tout ce qui m’a touché dans cette lettre si émouvante de Kamel Daoud où il annonce par ailleurs sa décision d’arrêter ses chroniques, son métier de journaliste, pour se consacrer à la seule littérature.
Depuis cet épisode Daoud apparaît de temps en temps à la télé française. L’autre jour je l’ai aperçu chez François Busnel dans La grande Librairie, une émission que je n’aime pas du tout, trouve superficielle, nombriliste franchouillarde, et où Daoud, visiblement, paraissait complètement déplacé. Et encore hier soir, 31 mars, il était l’invité de Claire Chazal, mais il ne pouvait que répéter quelques vérités, toujours les mêmes. Or ses thèmes sont trop importants pour être traités par-dessus la jambe. Et, en les traitant superficiellement, on néglige ce fait particulièrement important : avec Daoud on a la vision d’un intellectuel qui vit à l’intérieur de ce monde arabo-musulman et qui y voit des choses que nous ne sommes pas capables de voir de l’extérieur !


Alors parlons de ses Chroniques. Je vais suivre autant que possible un ordre chronologique, dégager les thèmes, les commentaires et les réflexions de Daoud qui y sont contenus et qui m’ont particulièrement frappé et y ajouter, le cas échéant, mes propres réflexions.
Page 23 : Décoloniser le corps, la langue et la mer, 17/07/2010.
Daoud est face à la mer, à la Méditerranée et réfléchit à l’identité algérienne (cela me rappelle Camus qui répond à Sartre après son attaque honteuse des Temps Modernes : « Des rives d’Afrique où je suis né, la distance aidant, on voit mieux le visage de l’Europe et on sait qu’il n’est pas beau. Depuis 150 ans l’idéologie européenne s’est constituée contre les notions de nature et de beauté qui ont été, au contraire, au centre de la pensée méditerranéenne »). « Sur une plage, face à la Méditerranée interdite au corps par le tabou maladif du religieux et du repli sur de fausses origines », écrit Daoud, il faut « retrouver la Méditerranée, le corps et la langue, la vraie ». Déjà ce thème du corps. Mais il évoque encore autre chose, quelque chose d’important : l’identité algérienne est bien plus large que cette « banlieue arabe », post-coloniale que le Gouvernement nous peint. L’Algérie est aussi faite de son histoire, toute son histoire, romaine, ottomane, française, espagnole et bien sûr, berbère. « Pourquoi un ex-Egyptien se réclame-t-il tout à la fois de l’islamité, de l’arabité, sans cesser de faire commerce avec les ruines de ses pharaons et moi je dois avoir honte de mes ancêtres romains, des immeubles coloniaux, des expressions ottomanes, des arts culinaires andalous, des murs espagnols, des langues amazighs, de mes oliviers et de mes danses ? ». Oui, mais je crois que les Egyptiens ont toujours su garder leur identité. Ils me semblent encore aujourd’hui plus Egyptiens qu’Arabes !
Page 26 : La fin d’un mois d’une rare violence, 13/09/2010
Chronique d’un Ramadan particulièrement violent. « L’islam se porte mal, l’islamisme se porte bien, même très bien. L’islamisme est une maladie de l’islam. Comme l’intégrisme est une maladie de la vérité ». Fortes paroles ! Daoud souligne déjà un problème sur lequel il va revenir plusieurs fois par la suite : le gouvernement favorise l’extrémisme religieux (ou est plus indulgent avec lui qu’avec ceux qui s’y opposent). « Beaucoup de mosquées et peu de librairies ». A croire que « le pays et son peuple et son Etat sont devenus mystiques avec l’âge de son Président ».
Page 40 : Le Manifeste ou « quand la bouche crache sur sa propre langue », 17/10/2010
Ce texte est un violent manifeste en faveur de la langue algérienne. Rejetant l’arabe classique. « Un peuple qui n’a pas droit à sa propre langue… est un peuple malade ». « Le jour où les formulaires seront en algérien, les livres, les chants, les JT, les discours de nos politiques et nos affiches et documents, ce jour-là nous serons enfin algériens… ». C’est là une question qui m’intéresse prodigieusement. Mais dont je suis, malheureusement, incapable de connaître toutes les subtilités. J’ai l’impression que Daoud est surtout opposé à l’arabe parce que c’est le vecteur de l’influence islamiste. Et qu’il pense que la langue parlée par 30 millions d’habitants mérite plus que le statut de dialecte. Or aujourd’hui c’est bien un dialecte qui, comme tous les dialectes, change de l’ouest à l’est et du nord au sud et qu’aucun effort n’a été fait pour en faire une koinè ni pour en fixer écriture, orthographe et grammaire (Daoud dit que tout ceci n’a pas d’importance). Et je ne connais pas du tout quelle est la proximité entre algérien et arabe classique et entre algérien et marocain ou tunisien. Tout ce que je sais c’est qu’un pays peut vivre avec un dialecte utilisé dans la communication orale quotidienne tout en se servant d’une langue de culture pour les livres, les journaux, les JT et bien d’autres communications : c’est le cas de la Suisse et de la cohabitation du dialecte alémanique avec l’allemand. Or l’arabe n’est pas seulement la langue des imams et des chaînes religieuses, c’est aussi la langue des écrivains d’Irak, de Syrie, du Liban, d’Egypte et d’Afrique du Nord (et accessoirement du cinéma de ces pays). Et des grands poètes de l’époque classique. Et n’a-t-on pas prétendu qu’un des grands handicaps des jeunes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient était le fait qu’ils ne lisaient rien ? La question me semble en tout cas suffisamment importante pour ne pas être simplement évacuée dans ce court manifeste.
Au moment où j’écris ces lignes se tient le salon du Livre à Paris et Le Monde (du 24/03/2017) publie une double page sur l’état de l’édition au Maroc. On y apprend que 2700 livres (est-ce beaucoup ?) ont été publiés au Maroc sur une année entre 2015 et 2016 (100 de plus que pour la période précédente) dont 80% en arabe, 12% en français, 2% en berbère, 0.6% en espagnol et 0.5% en anglais et même « en dialecte parfois ». Mais on nous dit aussi que les Marocains lisent peu, qu’on rencontre rarement des librairies en-dehors des grandes villes, que les bibliothèques aussi sont bien peu nombreuses, que la lecture n’est pas une habitude dans la culture marocaine et qu’elle devrait être beaucoup plus stimulée dans les écoles.
La situation algérienne est-elle encore pire que cela ? Et, si oui, le renforcement de l’algérien aux dépens de l’arabe irait-il dans le bon sens ?
Page 75 : Schéma standard de la dictature « arabe », 29/01/2011.
Magnifique et terrible portrait de groupe des dictatures arabes allant « du Maroc au Yémen » (les 22 membres de la Ligue arabe).
Page 77 : D’où nous viennent ces monstres ?, 03/02/2011.
Suite sur les dictatures (c’était l’époque des printemps arabes et des manifestations contre Moubarak). « Le club des 40 voleurs va jouer tous ses atouts ces mois-ci. Le collectif des peuples aussi ». Mais pas de marches en Algérie. L’état d’urgence ne sera pas levé. Pas de changement, pas de démocratie. « Pauvre pays où les Algériens ne peuvent pas marcher chez eux mais seulement sur les eaux ou dans leur sommeil ».
Remarquez que si un chroniqueur peut encore écrire ce qu’écrit Daoud sur le pouvoir algérien c’est que la dictature algérienne n’est pas aussi absolue que cela. Et, effectivement, Daoud appelle cela une « dictature molle ».
Page 79 : Méthodes contre-révolutionnaires, 09/02/2011
Les méthodes utilisées surtout en Algérie même « pour mettre fin à une révolution » (ou plutôt pour l’étouffer dans l’œuf, dirais-je). Daoud en cite 12 les unes plus ubuesques que les autres. Celle qui m’a le plus épatée : on crée un parti unique pluraliste. C’est le seul cadre possible pour le pluralisme. C’est bien trouvé, non ?
En conclusion : « Cela peut-il réussir ? Oui, un moment, un peu. Mais, en règle générale le dictateur tombe ». Quand même (là Daoud était encore relativement optimiste). « Ils tombent toujours et ne se réforment jamais » (pour ce qui est de la deuxième partie de la phrase Daoud a certainement raison).
Page 82 : Le choix du salarié, le pari du héros, 14/03/2011.
Daoud a passé la nuit à zapper les télés égyptiennes et tunisiennes. « Le constat est douloureux : ces pays vivent peut-être la peur, le désordre, le cafouillage… et les anarchies, mais ils ont un point en commun : ils rêvent ». Et il explique la différence avec l’Algérie, bizarrement silencieuse pendant tout ce temps : « en Algérie, la peur du chaos a créé la soumission au quotidien ». Je crois qu’il ne faut jamais oublier cela quand on veut comprendre l’histoire récente de ce pays. Le souvenir des années terribles est toujours là…
Page 100 : La solitude d’Essebsi et les soldats syriens… en Algérie, 05/07/2011.
Une chronique bien amère. Le Président tunisien par intérim : « Personne, aucun dirigeant arabe ne nous a félicités pour notre révolution ». La fraternité arabe ? « Aucun crédit, pas d’aide en argent, même pas des félicitations ». « Les frères nous évitent comme si nous allions les contaminer ». Et en Syrie ? « Aucun Président ou roi arabe n’a eu la décence, l’humanité ou la politesse de prononcer un mot sur les tueries de Bachar ».
Page 108 : Des milliers d’Arabes « tués » par la Russie et la Chine, 14/09/2011.
Pourquoi on ne pardonne jamais rien à l’Occident, toujours accusé d’ingérence, dit Daoud, alors que la Russie et la Chine « restent sous couvert d’immunité auprès de l’opinion » ? Alors que Russes et Chinois « ne s’embarrassent même pas de politesse pour expliquer qu’ils sont avec les régimes et les dictatures ». En Occident nous connaissons le rôle que joue la Russie en Syrie mais nous ignorons, par exemple, que « les Chinois ont couvert Kadhafi jusqu’au dernier moment pour sauver leurs contrats en Lybie et ont donné leur parapluie à ses massacres ». Et qu’ils « sont des rapaces au Maghreb ».
Page 120 : Quatre jours après le vote tunisien (I), 29/10/2011.
Page 123 : Quatre jours après le vote tunisien (II), 30/10/2011.
Intéressante réflexion sur la démocratie après le vote islamiste des Tunisiens. Ou plutôt sur la raison de ce vote. Pour Daoud c’est le dictateur qui crée l’islamisme politique. Le dictateur était méchant parce qu’il n’avait pas peur de Dieu. Alors ils votent pour les islamistes parce qu’ils ont peur de Dieu ! Et le laïc n’arrive pas à les convaincre qu’il peut être honnête simplement pour ses principes de citoyen. « La seule idéologie garante est celle de l’idéologie islamiste », dit Daoud. Ainsi « les dictateurs ont laissé, après leur chute, un dernier fruit pourri : le manque de confiance des électeurs « arabes » dans la force de leur propre citoyenneté ». On n’a pas fini. On va encore être obligés de se battre pendant longtemps…
Page 126 : Waithood : le plus grand drame du monde « arabe », 09/11/2011.
On remarquera en passant qu’il met systématiquement arabe entre guillemets ! Il a trouvé le mot Waithood sur le net. C’est l’âge de l’attente. Le monde arabe a la plus grande proportion de jeunes dans le monde et le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont le plus gros taux de chômage de jeunes dans le monde. Alors les jeunes attendent. Et s’ennuient. A mourir. En devenant kamikaze de Dieu. Ou en faisant la révolution au printemps. Le printemps arabe.
Page 136 : Les héritiers de Ben Ali se « coupent » en quatre, 04/12/2011.
Daoud fait un bilan provisoire un an après le début du printemps arabe et divise les régimes arabes en 4 : ceux qui ont fait la révolution mais s’aperçoivent que tout reste à faire, parce que tout a été détruit, ceux où la révolution continue, Syrie, Yémen, les monarchies qui essayent de se faire oublier, l’Arabie saoudite et ses satellites, ceux des fausses réformes, l’Algérie, le Maroc, la Jordanie. Et il exprime une crainte qu’il faut espérer injustifiée : « les fausses réformes conduisent à des révoltes plus violentes que les dictatures frontales… »
Page 143 : Le seul Président « arabe » vraiment élu, 14/12/2011.
Daoud suit la situation tunisienne avec beaucoup de passion. On le verra encore plus loin. Et il y trouve énormément de satisfaction en voyant la Tunisie évoluer, cahin-caha, vers la démocratie véritable. Là il salue avec beaucoup d’émotion l’élection de Moncef Marzouki, « ce vieil opposant au benalisme triomphant », comme Président de la Tunisie. « C’est la première fois depuis presqu’un siècle qu’un président « arabe » n’est pas l’enfant illégitime d’urnes bourrées, de fraudes massives, de menaces, de 99% et de résultats fixés à l’avance », dit-il. Et encore : « Voir les élus de l’assemblée tunisienne debout, chantant l’hymne de leur pays, fiers de leur nouvelle chance et de la seconde vie de leur pays, est quelque chose qui rend jaloux, triste pour soi, envieux et vieux ». « Félicitations » ajoute-t-il. Quand même !
Page 123 : Le peuple est-il coupable ou victime ? (II), 21/04/2012.
Première allusion au roman de Camus, L’Etranger, qui semble le travailler déjà (il publiera son Meursault, contre-enquête l’année suivante, 2013) et violente diatribe contre le pouvoir algérien à propos de l’éducation : « Le pouvoir a réussi à faire de ce peuple un vrai indigène, illettré, vaniteux, moyenâgeux, superstitieux, violent et mal habillé. Tout ce que le colon voyait dans « l’Arabe » qu’il a fini par tuer sur une plage algéroise ». On a « un système d’éducation destiné à l’abêtissement généralisé ».
Page 165 : Le sombre fantasme du décolonisateur vieillissant, 30/04/2012.
Long parallèle entre les colons et les « décolonisateurs. Qui se termine par la seule différence entre les deux : les colons étaient français et les décolonisateurs sont algériens. « Sauf qu’ils pensent qu’ils le sont plus que nous » (comme dans la Ferme d’Orwell il y en avait qui étaient plus égaux que d’autres). Il y a un point qui m’a frappé : c’est quand il dit qu’ils ont aussi conservé l’image traditionnelle du colon de « l’Arabe paresseux » puisqu’ils « importent des Chinois pour repeindre les murs ». Ce qui me rappelle ce que me racontait, choqué, mon frère Pierre, quand il a découvert les immenses constructions près de l’aéroport d’Alger réalisées entièrement par des entreprises chinoises avec leurs propres ouvriers (dans un pays où le chômage des jeunes atteint un sommet mondial).
Page 167 : Les armées « arabes » sont-elles solubles dans la démocratie ?, 29/05/2012.
C’est une vaste question. Mais, personnellement, ce qui m’a frappé dans la révolution tunisienne, finalement la seule qui a réussi, plus ou moins, à ce jour, c’est que c’était aussi le seul pays où le dictateur ne s’est pas appuyé sur l’armée, mais uniquement sur la police. L’armée tunisienne était peut-être faible, avait peu de moyens, mais a joué dans toute cette histoire un rôle essentiel, se montrant républicaine et faisant tout pour faciliter la transition.
Page 169 : Nager dans un mur, 24/06/2012.
Premier texte à parler du corps. La relation faussée de l’Algérien avec son corps. « Tenu à distance, dans le soupçon ou la honte » (on est sur une plage algéroise). « Le corps de l’homme algérien est un crime possible, le corps de la femme est la preuve de ce crime même quand il n’est pas commis ». Etrange rapport entre le corps et l’âme : « Dans les vieilles métaphysiques, le corps habille l’âme » (je suppose qu’il pense au vieil adage : mens sana in corpore sano). « Ici, dans le pays, l’âme est ce qui salit le corps et l’empêche d’être nu, beau et léger et admirable. Il suffit de se promener sur une plage algérienne pour voir ce qui se passe dans les têtes ».
Page 175 : La question du siècle : que faire des islamistes ?, 16/09/2012.
Question essentielle qui se pose aussi bien à nous Occidentaux qu’aux pays arabes (arabes entre guillemets ou pas). Après avoir dit que les révolutions du printemps arabe ont montré qu’on ne pouvait pas se passer d’eux mais qu’en même temps on avait eu la preuve qu’on ne pouvait pas leur faire confiance parce que leur projet était exclusif et ne souffrait pas de compromis, il en vient aux sources de l’islamisme. Pour lui « la formation ». « Il y a dans le monde « arabe » une matrice idéologique qui continue de former les islamistes au berceau, à l’école, dans les TV, dans la communication, dans la rue et les mosquées pendant qu’on croit les endiguer ». « Les idées des wahhabites et autres ancêtres du crime se répandent, pénètrent les murs et les têtes ». Et cela se fait avec l’argent. Sous-entendu : celui des pays du Golfe, et d’abord l’Arabie Saoudite et ses satellites. Il y viendra encore souvent à cette idée par la suite et traitera même l’Arabie Saoudite de Daesh blanc. Et accuse l’ensemble des dictatures « arabes » de complicité. « On encourage les barbus tout en pourchassant les progressistes ». On combine, on manipule. En Algérie on construit la plus grande moquée d’Afrique ! Et l’Occident, aussi, est complice. Voir la « cécité des Etats-Unis sur l’Arabie Saoudite – source de pétrole et matrice des kamikazes ».
On aura encore souvent l’occasion d’en parler de ce problème. Nous avons tous des relations coupables avec les pays qui financent l’intégrisme religieux islamiste. La France aussi. Voir le Qatar. Sarko a commencé à leur accorder des avantages, en particulier fiscaux (pas d’imposition sur les plus-values immobilières par exemple), à la limite de la constitutionnalité. Et Hollande a continué. A vendre notre âme pour quelques avions et autres babioles (de prix, il faut en convenir). Quant aux Etats-Unis, ils ont fait pire : ils ont incité l’Arabie Saoudite à financer la rébellion afghane contre les Russes et ont ainsi ouvert la vanne de la propagande religieuse hors Arabie. De toute façon aujourd’hui la promotion de l’intégrisme par les pays du Golfe est devenue mondiale (voir entre autres l’évolution extrêmement inquiétante de de la Malaisie).
Il faut absolument écouter un homme comme Daoud qui vit ce drame de l’intérieur. Nous devons réagir. Et même si notre politologue spécialiste de l’islam, Olivier Roy, a raison de dire que nos jeunes terroristes sont d’abord des nihilistes, il n’empêche qu’ils se saisissent de l’islamisme pour faire éclater leur nihilisme.
Page 181 : Gerbe de plomb, 27/09/2012.
La décennie 1990 pèse encore aujourd’hui comme une chape de plomb sur le peuple algérien. C’était quelque chose d’horrible. Et pourtant on a le sentiment qu’on est passé trop rapidement là-dessus. Parce que Bouteflika voulait sa réconciliation. Alors qu’on aurait dû faire comme Mandela et de Klerk en Afrique du Sud : d’abord confesser, puis réconcilier. On sent qu’en Algérie « les morts n’ont pas été dignement enterrés ». « Il y a encore un bruit de pas mouillés derrière le dos du peuple : les milliers de morts sans raison ». « La décennie 1990 est une culpabilité enfouie chez les Algériens ». « Entre 1990 et 2000, il s’est passé quelque chose. A cause de certains ».
Page 185 : L’Israélien, « l’Arabe », l’islamiste : les trois meurtriers du Palestinien, 18/11/2012.
Daoud trouve que la Palestine souffre du fait qu’on en a fait une cause panarabe et une cause de messianisme islamique. Cela me paraît discutable. C’est surtout Israël qui en a fait une cause religieuse intégriste. Le grand Israël, la Bible. Passons. Mais il est certain que les extrémistes aiment les extrémistes !
Page 187 : L’Egypte et nous : le post-islamisme est-il possible ?, 06/12/2012.
Daoud fait une constatation qui le réjouit (Egypte) : « Un, les islamistes ne sont pas capables de faire de la politique, mais seulement du califat en sourdine. Deux : les opinions des pays dits arabes ne sont pas totalement islamisées, vaincues, défaites, fatalistes. Trois : une révolution est d’abord une vigilance de tous les jours et plus encore des jours qui suivent la chute du dictateur ». Oui, mais à la fin c’est l’armée qui est intervenue, une nouvelle dictature s’est mise en place et aujourd’hui Moubarak est libéré.
Page 191 : Post-révolutions : faut-il laisser les peuples « arabes » voter ?, 29/12/2012.               
Cela m’amuse, parce que Daoud est en train de se poser des questions que nos libéraux européens se sont posées il y a un peu plus de 100 ans ! Faut-il donner le droit de vote à tous ? Ne faut-il pas attendre que les électeurs soient éduqués ? Voter est-il bon pour ceux qui ne savent pas voter ? La démocratie est-elle permise pour ceux qui la tuent démocratiquement ?
Mais Daoud sait bien qu’il n’y a pas de réponse à ces questions.
Page 204 : Des millions qui n’écrivent que deux mots, 21/02/2013.
Deux mots : hallal, haram, licite, illicite. « On aura beau répéter », dit Daoud, « que dans le Coran la liste « haram » se compte sur les doigts, cela n’empêche pas que la liste compte des millions dans la vie de tous les jours ». « Une tragique entreprise d’effacement, de biffage et de gommage, avec des millions de stylos aux mains de millions d’idiots qui, au lieu d’explorer l’univers et d’essayer d’en inventorier l’infini, préfèrent réduire l’infini à la mesure de leur petitesse ».
Ce qui est effectivement terrible dans cette histoire c’est toute l’intelligence apparente, la subtilité de jugement, toujours apparente, que tous ces muftis, imams ou autres penseurs autorisés (ces milieux autorisés qui s’autorisent à penser, disait notre regretté Coluche) apportent dans l’élaboration de leurs jugements sur ce qui est haram ou non. Cela pourrait être hautement risible si ce n’était pas aussi triste pour ceux et surtout celles qui en souffrent. Cela fait encore plus mal quand on les voit à l’action dans un pays de haute culture comme l’Iran. Voir certains films iraniens comme Une Séparation de Ashgar Farhadi ou ce documentaire vu récemment à la télé où un groupe de chanteuses iraniennes voulaient organiser une représentation publique en collaboration avec des chanteurs français et où elles devaient passer devant des « experts » qui étaient prêts à leur donner l’autorisation à condition que l’on n’entende pas leur voix trop stridente (donc, je suppose, excitante pour l’homme ?) et qu’elle soit couverte par des voix d’hommes !
J’ai été élevé dans la religion catholique et, quand j’ai été mis pour la première fois en face de la religion musulmane j’ai trouvé qu’elle était bien plus simple et plus rationnelle que les deux autres religions monothéistes, la juive avec son formalisme et ses innombrables interdictions et obligations (613 prescriptions, dit-on : 248 commandements et 365 interdictions), et la chrétienne, surtout sous sa forme catholique, avec son Christ fait Dieu, sa Trinité qui, prise à la lettre, nie la doctrine monothéiste, et toutes ces inepties de l’Immaculée Conception, de la virginité de la Mère de Dieu, de l’Assomption, et puis tous ces Saints et la Sainte Vierge… La religion musulmane me semblait bien supérieure avec ses 5 piliers principaux (ce n’est que maintenant que je suis athée que je comprends combien les 5 prières quotidiennes et le long jeûne du Ramadan imposent l’omniprésence de Dieu dans la vie quotidienne du croyant). Et voilà que tous ces imams ont rendu cette religion si simple et si évidente d’une complication inouïe. Et en ont fait une religion qui nie la vie. Qui va jusqu’à refuser des plaisirs artistiques aussi émouvants que celui de la voix féminine. Ce qui n’était pas le cas du soufisme, ce puissant mysticisme qui s’est développé à partir de cette religion, bien sûr combattu aujourd’hui par tous ces intégristes (comme il l’était déjà plusieurs fois au cours de son histoire), soufisme qui va de la musique gnawa du Maroc jusqu’aux derviches tourneurs turcs et aux poètes soufis persans de l’âge d’or. Un soufisme qui semble malgré tout avoir survécu à ses persécutions. Le cinéaste algéro-gitan Tony Gatlif dont j’ai longuement parlé sur mon Bloc-notes 2010 (Carlos Saura et Tony Gatlif) fait jouer des musiciens soufis avec des musiciens flamencos au début de son film Vengo, il a fait venir en France le très grand chanteur soufi originaire de Haute-Egypte, Cheikh Ahmad al-Tûni, qui avait participé à la séance de Vengo, et à la fin de son film Exils il y a une longue scène où l’héroïne participe à une soirée entre femmes de danses et chants soufis à Alger même…
Page 210 : Pourquoi les islamistes sont-ils si angoissés par la femme ?, 08/04/203.
La question qui n’arrête pas de hanter Daoud. Là l’occasion est l’imprécation d’un « savant » théologien saoudien qui menace : « le droit de conduire pour les femmes va ouvrir les portes de l’enfer pour le royaume ».
Page 223 : Djazairi : le manifeste de ma langue, 04/06/2013.
Nouveau manifeste en faveur de l’algérien. Voir plus haut, page 40. « Deux castes parlent arabe, langue morte, aux Algériens, peuple vivant : les élites politiques et les élites religieuses ». Mais « l’essentiel parle en algérien : le peuple, l’argent, les publicités, l’amour et la colère… Je parle en algérien à ma mère, à la femme aimée et à mes enfants ». Et, plus tard encore (page 362) il se moque d’une affiche qui incite à acheter algérien et qui est rédigé en arabe classique !
Page 235 : Vous êtes « islamophobe » ! La Fatwa de la nouvelle inquisition, 03/08/2013.
Longue énumération de tous les torts supposés qui permettent aux « savants autoproclamés, les Google d’Allah » de vous taxer d’islamophobie ! Et cette manie d’accuser les gens d’islamophobie à tout bout de champ fait avancer l’islamisme. Mais c’est peut-être le but recherché ?
Page 246 : Rapatrier un jour les cendres de Camus ?, 11/11/2013.
Hommage à Camus. Il est nôtre, dit Daoud. « Avec des livres éclairés par les paysages algériens, la terre d’ici, la lumière, le sel aussi… ». Si on lui refuse son algérianité c’est qu’il avait refusé de s’engager à l’époque et que l’histoire officielle de l’Algérie tourne exclusivement autour du FLN (je dirais que c’est comme pour Israël où tout tourne autour de la Shoah). Alors qu’il suffirait de lire ses Chroniques à lui (c’est moi qui le dit) pour savoir combien il s’est engagé dans la défense du peuple algérien (voir en particulier son cri de colère à propos de la famine en Kabylie).
Il faudra bien qu’un jour on s’approprie Camus, dit Daoud  « comme l’histoire de Rome, de la chrétienté de l’Espagne, des « Arabes » et des autres qui sont venus, ont vu ou sont restés ». Et même Saint Augustin. Or, justement, trois ans plus tard, entre le 28 et le 30 novembre 2016 va se tenir un colloque sur ce personnage célèbre à Annaba, son lieu de naissance (à l’époque Hippone, devenu plus tard Bône), organisé par une universitaire algérienne musulmane ! Cela a dû faire plaisir à Daoud ! Mais à ce moment-là il avait déjà abandonné son métier de chroniqueur.
Page 258 : Malheureusement, nous n’avons pas eu un Mandela en 1962, 07/12/2013.
A l’occasion de la mort de Mandela Daoud revient sur ce qu’il avait déjà écrit précédemment : Si on avait eu un Mandela en 1962 et non un Ben Bella, « nous aurions perdu moins de vies et moins de temps et nous aurions été un grand pays ». Car lui a fait « passer le pays avant les procès et les vengeances » et a choisi « de construire en ouvrant les bras ». Oui, mais il ne faut pas oublier qu’il a aussi fait acter la vérité avant de passer l’éponge. Ce que l’Algérie n’a pas fait après la guerre civile de 1990 à 2000.
Page 271 : Un rêve tunisien dans le cauchemar « arabe », 29/01/2014.
La Tunisie a voté sa nouvelle constitution. Daoud laisse éclater sa joie. « On pourra, sur le net, le lire (le texte de la Constitution) presque comme une poésie tant il fait rêver ».
Page 290 : L’extrême-droite est aussi salafiste que les salafistes, 27/05/2014.
Plaisant parallèle entre les salafistes et l’extrême-droite française. Culte des salafs (les ancêtres), souchocratie : la souche, la pureté, islamophobie contre christianophobie. Pour les deux l’altérité est une menace. Plus tard (page 356) il ira jusqu’à comparer FN et FIS. Ils se nourrissent l’un l’autre. L’un revient à Jeanne d’Arc, l’autre à Médine.
Page 296 : Ce pour quoi je ne suis pas « solidaire » de la Palestine, 12/07/2014.
Page 301 : L’intégrisme hideux au nom de la Palestine, 14/07/2014.
Page 304 : Palestine : à propos de « dénoncer », 03/08/2014.
Il revient plusieurs fois dans ces textes sur l’idée déjà développée dans une chronique précédente (page 185) : la cause palestinienne est trop arabisée et islamisée, une solidarité basée sur l’ethnie, la race, la religion piège les Palestiniens, la cause palestinienne sert à tout dans le monde « arabe » d’aujourd’hui sauf à secourir les Palestiniens. Sans commentaires…
Page 313 : L’Etat islamique est une Arabie saoudite ambulante et sans pétrole, 01/10/2014.
On a beau combattre Daesh, mais Daesh va renaître car Daesh est dans les têtes. « C’est une matrice, pas un Reich ». Le wahhabisme vend son pétrole à l’Occident et ses idées au monde musulman. Gratuitement. « Plus de mille chaînes TV religieuses inondent les maisons dans le monde « arabe », pénètrent les foyers et touchent cette frange faible : les mères illettrées des villages lointains, les femmes, les adolescents, les enfants. Des millions de livres sont imprimés et soutenus par l’Arabie et ses petites sœurs dans le monde. Des prêcheurs sont payés et entre-tenus, des fatwa-corporations, des réseaux ». Il avait déjà parlé de ce problème dans des chroniques précédentes et va y revenir d’une manière encore plus détaillée après l’attentat du Bataclan. Je m'excuse pour ces répétitions mais le sujet est d’une telle importance ! Et là nous avons quelqu’un qui témoigne de la marche de l’intégrisme de l’intérieur !
Page 325 : Peut-on être musulman sans déranger le monde ?, 02/12/2014.
Témoignage d’un voyage au Sénégal, à Dakar. Fascination des femmes, élégantes à couper le souffle, souriantes, libres, chatoiement des couleurs. Le voile est rare. Mais il arrive. « Comme une maladie de peau ». « Avec l’argent du Qatar et les satellites des chouyoukh (les savants musulmans) ».
Page 331 : Cinquante nuances de haine, 16/12/2014.
L’imam salafiste Hamadache appelle sur Facebook à une fatwah contre Daoud pour « apostasie ». Daoud se demande pourquoi les gens réagissent avec un tel fanatisme contre ceux qui pensent différemment en matière de religion, d’histoire et de nationalité. Agressivité, haine, violence, aveuglement de l’imbécile identitaire.
Réflexion personnelle : je trouve l’accusation d’islamophobie portée contre Daoud par une douzaine d’universitaires en février 2016 d’autant plus scandaleuse qu’ils ne pouvaient ignorer qu’il était sous la menace d’une fatwah dans son pays !
Page 333 : Néo-Quraych : Mohammed sera tué au nom de Mohammed, 29/12/2014.
Mohammed Cheikh Ould M’khaitir, âgé de 28 ans, a été condamné à mort en Mauritanie pour insultes au Prophète.
Je me souviens de cette histoire. Le jeune Mauritanien est un ingénieur descendant d’une ancienne caste de forgerons. Les forgerons et d’autres artisans à la peau noire étaient des esclaves dans l’ancienne Mauritanie. L’esclavage a été aboli, mais les castes existent toujours et continuent à être discriminés. L’article que Mohammed avait publié sur son blog protestait contre la survivance de ces castes mais a été interprété, à tort ou à raison, comme une attaque de l’autre Mohammed, le Prophète. Autant que je sache le cas n’est toujours pas réglé. Une cour d’appel avait confirmé la peine de mort en 2016 et la Cour Suprême, au début de cette année, a décidé d’annuler et de renvoyer le cas devant une autre Cour d’Appel. J’avais été d’autant plus choqué par cette histoire que je pensais la Mauritanie plus tolérante, d’autant plus que c’est dans ce pays que le Malien Abderrahmane Sissako avait été autorisé (sous protection de l’armée) à tourner ce film magnifique, ce chef d’œuvre d’humanité, Timbuktu !
Daoud est consterné, obsédé par l’image de ce jeune blogueur, et par les youyous et coups de klaxon qui saluent sa condamnation à mort. « Une lame triste et monstrueuse traverse le monde de l’islam, tue, emporte, transforme l’homme en animal, dépèce, lapide, égorge ».
Page 337 : L’autre « je suis Mohammed », 22/01/2015.
Pour une fois Daoud salue un membre du Gouvernement : Mohammed Aïssa, le ministre des Affaires religieuses. « Homme distingué, calme, profond et capable de parler de Dieu sans marcher sur l’homme ». Remarquable ! Il fallait le signaler !
Page 339 : Deuil et fouet : Abdallah et son esclave Badawi, 24/01/2015.
Page 345 : Allah est grand, l’Arabie est très petite, Michelle est belle, 31/01/2015.
Le Roi Abdallah est mort. L’Algérie décide d’un deuil de trois jours ! Et Michelle Obama va à l’enterrement du Roi cheveux nus ! Et il s’agissait bien d’un message, non d’une coiffure. Il me semble que ce geste nous a échappé, non ?
Et pendant ce temps, nous rappelle Daoud, un jeune Saoudien blogueur, Raïf Badawi, qui a femme et enfants, est condamné à 10 ans de prison et mille coups de fouet. Il en a reçu déjà 50, il ne lui en reste donc plus que 950 ! Inch’Allah !
Page 350 : Assia Djebar peut encore vivre si on le veut, 09/02/2015.
Assia Djebar est décédée le 7 février 2015. Elle était femme, Algérienne et Académicienne française. Pourtant je ne suis pas certain qu’elle est beaucoup plus connue en France qu’en Algérie. Alors qu’elle a été la première des écrivains du Maghreb admis à l’Académie, après avoir été, 50 ans plus tôt, la première Algérienne à entrer à Normale Sup Sèvres. De son vrai nom Fatma-Zohra Imalayène, elle était aussi cinéaste et professeure d’Université au Maroc, en France et aux Etats-Unis. Féministe aussi. Cela aurait sûrement plu à Daoud de savoir qu’elle a quitté Alger en 1980 « parce qu’il n’y avait plus que des hommes dans les rues d’Alger », qu’elle s’est consacré à un cinéma en arabe dialectal et, ce qu’il sait probablement, a écrit un roman intitulé Femmes dans leur appartement (il faut que je me le procure). Il sait certainement aussi que le nom de plume qu’elle s’est choisie, Djebar, est un des 99 noms du prophète Mahomet, qui signifie L’Intransigeant.  Elle a été inhumée dans son village d’origine, près de Cherchell.
De toute façon, écrit Daoud, « Assia Djebar ne donnera son nom qu’à sa propre tombe en Algérie ». Jamais aucune place, aucune rue ne portera son nom. Et on cherchera vainement son nom dans les manuels scolaires. Pas plus que ceux de beaucoup d’autres écrivains algériens.
Et puis, ajoute-t-il, à quoi peuvent bien servir les écrivains « dans un pays où la fiction n’est pas tolérée ? » « A quoi sert l’écriture quand on répète que tout est dit dans un seul et unique livre ? ». Cela me rappelle ce que mon frère Pierre me racontait après avoir été reçu par un architecte à Constantine : appartement luxueux, mais aucun livre nulle part à part l’unique, le Coran. Ou les premiers Boers, en Afrique du Sud, la plupart membres d’une secte intégriste protestante : eux aussi n’avaient qu’un seul livre, the Book, la Bible !
Page 352 : Un bref instant de mémoire vive, 16/02/2015.
Roger Hanin, né à Bab-el-Oued, a été inhumé avec les honneurs du Gouvernement, au cimetière juif de Bologhine, près du quartier de son enfance. Daoud en profite pour faire un appel en faveur de l’Algérie plurielle : arabe, amazaigh, juive, chrétienne, ottomane, espagnole, etc.
Page 399 : Mais que dire ? Que penser ? Que faire ?, 19/11/2015.
Page 403 : L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi, 20/11/2015.
Daoud est à New-York lorsque lui parvient la nouvelle du terrible massacre du Bataclan. Il est horrifié. On est en guerre ouverte, dit-il, et se demande à quoi peuvent bien servir encore des gens comme lui dans cette guerre. Il comprend la stratégie de Daesh : attaquer le pays qui héberge la plus grande communauté musulmane d’Europe. « La France, riche et fragile par ses diversités. Alors ces diversités vont souffrir et le monde va se fermer encore plus ». Et, effectivement, on s’en rend compte aujourd’hui alors que nous sommes en pleine campagne électorale… Et puis Daoud revient à son obsession : tuer les islamistes, c’est bien, mais il faut les empêcher de naître. Donc s’attaquer à sa matrice, l’Arabie.
C’est ce qu’il écrit dans sa deuxième chronique qui a paru dans le New York Times le 20 novembre 2015. Et c’est bien qu’il mette les Américains devant leurs responsabilités. Chez eux. S’étonne de cette étrange mécanique du déni où l’on mène le combat contre Daesh et serre en même temps la main à l’Arabie qui n’est qu’un autre Daesh, bien habillé, qui repose totalement sur « l’alliance avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh ». Et il explique aux Américains ce qu’est le wahhabisme : un « radicalisme messianique né au XVIIIème siècle, qui a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, La Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste avec la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste et aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation donc avec l’art, etc… ». Et il répète ce qu’il a déjà dit, qu’il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaînes TV religieuses sur la société (il cite en particulier les chaînes islamistes Echourouk et Iqra) et des milliers de journaux islamistes où l’Occident est toujours un « site de pays impies » et où les attentats terroristes ne sont qu’une réponse à des attaques contre l’islam (bizarrement il oublie de parler de cet autre média qu’est le Net). La culture islamiste est déjà généralisée dans beaucoup de pays, dit-il. Il cite Algérie, Maroc, Tunisie, Lybie, Egypte, Mali, Mauritanie. Il aurait pu y ajouter Pakistan et Malaisie. Sombres perspectives !
Il parle aussi de schizophrénie chez les dirigeants saoudiens qui nous envoient leurs condoléances pendant qu’ils continuent par ailleurs de promouvoir chez nous leur idéologie meurtrière. Moi, j’appelle cela simplement de l’hypocrisie (ils ont sûrement un mot pour cela dans leur système religieux). Et les Américains n’ont rien compris : au Yémen ils s’engagent à fond aux côtés de l’Arabie contre les rebelles chiites. Pourquoi favoriser une théocratie qui est nuisible pour nous contre une autre qui ne l’est pas puisque nous n’avons pas de chiites chez nous ?
Page 431 : La Colognisation du monde, 18/01/2016.
Page 441 : Le procès permanent du « je » par le « nous », 08/02/2016.
Page 443 : Lettre à un ami étranger, 15/02/2016.
J’aurais pu continuer à me promener encore longtemps avec l’ami Daoud à travers ses Chroniques si passionnantes, parler de son admiration pour Aït Ahmed (page 420 : Le grand legs d’Aït Ahmed : la possibilité d’être propre et d’être politique, 28/12/2015), de la reconnaissance de la langue tamazight comme langue officielle (page 427 : Un grand pas pour la langue, etc., 06/01/2016), de son espoir mis dans la réussite de la Tunisie, même après Bardo (page 360 : La possibilité d’une Tunisie, 06/04/2015), du vin en Arabie (page 391 : La métaphore abîmée du vin « arabe », 08/10/2015) et, toujours, de ce lien entre dictatures et islamistes (page 436 : Je veux que les révolutions soient un échec parce que…, 27/01/2016), mais il faut bien le quitter, s’arracher, du moins provisoirement. Et finir avec la fameuse histoire de la Saint Sylvestre 2015 de Cologne. Dans son article page 431 il parle de la réaction contraire que l’affaire a créée : ce qu’il appelle la colognisation, la psychose occidentale. L’article de la page 441 est une première réaction à l’accusation d’islamophobie par la douzaine d’intellectuels occidentaux. Il se termine par cette phrase bien lasse : « C’est alors que l’épuisement guette la clairvoyance ». Quant à l’article de la page 443 c’est cette lettre qu’il a adressée (et publiée dans Le Monde) à l’ami américain qui lui avait écrit lui aussi en lui faisant part de son désarroi mais avec beaucoup de bienveillance. J’ai longuement parlé de toute cette affaire dans ma note de mon Bloc-notes 2016 (voir Islam, femmes, laïcité, complots). Et je ne vais pas y revenir ici. Mais je vais recopier les extraits de sa lettre à l’ami américain que j’y avais cités, que j’avais trouvés tellement touchants et qui servent à merveille de conclusions à ce long hommage à Daoud, à ses Chroniques et à son humanisme :
J’ai essayé de penser, dit-il. « …parce que j’avais la terreur de vivre une vie sans sens ». « J’ai donc écrit souvent, trop, avec fureur, colère ou amusement. J’ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d’autres grandes questions qui peuvent nous mener à la prise de conscience, à l’abdication ou à l’intégrisme, selon nos buts dans la vie ». Aujourd’hui, dit-il encore, « nous vivons une époque de sommations ». « J’ai écrit poussé par la honte et la colère contre les miens et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de charité culturelle ». « Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, à cause de ce texte, je trouve cela immoral : parce qu’ils ne vivent pas ma chair ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me prononcent coupable d’islamophobie depuis des capitales occidentales et leurs  terrasses de café où règnent le confort et la sécurité » « Le tout servi en forme de procès stalinien… Je pense que cela reste immoral de m’offrir à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui d’inquisition… en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens ». « L’islam est une belle religion selon l’homme qui la porte », dit-il encore, « mais j’aime que les religions soient un chemin vers un dieu et qu’y résonnent les pas d’un homme qui marche ». « Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela je dois le dire et le dénoncer ».
Et il termine sa lettre en affirmant qu’il choisit le silence. Ou plutôt la littérature. « Je vais aller écouter des arbres et des cœurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explorer. Non pas abdiquer mais aller plus loin que le jeu des vagues et des médias. Je me résous à creuser et non déclamer. J’ai pour ma terre l’affection du désenchantement. Un amour secret et fort. Une passion… Je ne hais pas les miens, ni l’homme en l’autre. Je n’insulte pas les raisons d’autrui. Mais j’exerce mon droit d’être libre… ».    



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